Histoires de Plumes

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Monologues

 

 

Une page se tourne. Recommencer. A l’abreuver de mots. De mots qui jaillissent puis soudain se tarissent. De mots qui n’ont plus que le sens qu’on leur donne quand on ne sait plus dans quel sens aller.


S’angoisser devant cette page, ne plus être sûre de vouloir inventer, ne plus savoir comment raconter. Ne plus vouloir dire la même chose. Rêver devant l’imagination désespérément morose et utiliser ces mêmes lettres qui forment les mêmes vocables improbables, qui sonnent faux, que l’on raye pour les réécrire sans fin. Ceux qui reviennent alors qu’on en appelle d’autres, qu’on en voudrait d’autres, qu’on les connaît pourtant. Mais qui restent en suspend. Dans un autre espace temps.


Peut-être qu’on nous les a volés. Çà et là quelques traces de ceux qui par poignées se sont emparés de tournures, de figures, d’un style qu’on avait cru inventer mais qui appartient aussi à d’autres. Dont on essaye de se libérer pour ne pas ressembler, et qui finissent par nous emprisonner. A force de vouloir fuir un procédé, sous prétexte d’enfanter une idée que personne n’aurait eu avant, un précepte sentencieux qu’on aurait usurpé aux cieux pour se sentir divinement important alors qu’on ne fait que noircir des pages de pensées fatiguées d’être employées depuis des lustres, et qui illustrent l’ignominie de n’être qu’un simple écrivant de rustres panacées.


Continuer cependant. Sans trop savoir pourquoi sans bien comprendre comment. Les phrases s’enchaînent d’elles-mêmes, elles qui n’ont pas besoin de nous pour exister. Douter. Chercher sans fin une locution, expression de notre intention. Ne pas trouver. S’emmurer dans d’impossibles saillies, de risibles euphories. Répondre à la question de qu’est ce qu’on fait. Rien on écrit. Nous, petits faiseurs de lexies se suffisant de lexis. Enfin, on essaye.


On étaye un raisonnement alors que seul le silence raisonne parce qu’aucun son ne signifie que l’on griffe la feuille de quelques termes nouveaux qui parviendraient à nous sauver. Sauter la page pour aller vers celle d’après, tenter de se contenter de ce qui vient et laisser derrière soi, en vain, l’amer regret de ne pas avoir su extérioriser, exprimer, rédiger le fin fond de notre pensée. De ne pas être un véritable écrivain.


 

arbre


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Je suis venu pour le miracle
Il paraît que vous faîtes ça ici
Vous seriez une sorte d’oracle
Que l’on consulte à l’infini
Dés qu’on rencontre un obstacle
Ou pour résoudre quelques soucis

Voilà je suis là car j’ai un gros problème
Du genre pas facile à raconter
Quoique vous devez connaître le système
Pour voir en moi sans que j’aie besoin d’expliquer
Mais honnêtement sans chercher à provoquer l’anathème
Je ne crois pas que vous puissiez

Je me suis déplacé jusqu’ici pour vous voir
Parce qu’on m’a parlé de vous
On m’a même dit il va falloir
Certainement te mettre à genoux
Comme pour une sorte de purgatoire
Mais je préfère rester debout

Les mains aussi je dois les joindre
Baisser la tête j’ai bien compris
Bien que je n’aie pas pris de quoi m’oindre
Je m’excuse si je n’ai pas tous les outils
Je suis juste ici pour me plaindre
Car j’approuve et souhaite la justice aussi

Voyez on m’a tout raconté
Le pourquoi du comment de l’existence
Et on m’a dit que vous m’aviez créé
Comme une sorte de récompense
A mes parents qui me voulaient
Me réclamant avec lourde insistance

Mais moi je ne désirais pas être là
Croupir ici avoir cette vie de merde
Pourquoi vous m’avez destiné à ça
Presque exister telle une saperde
Vous me laisser dans cet état
Alors que je voudrais que l’on me perde

Je pensais en finir si c’est possible
Avec toutes ces conneries
Mais le suicide étant inadmissible
Dans la plupart de vos théories
Je me défends d’exécuter un truc répréhensible
Qui puisse me faire errer dans une autre vie

Ici ou ailleurs, enfin une nouvelle fois
Je sais que je suis exigeant
Mais je viens commander un trépas
Quelque chose de pas trop déplaisant
Qui montrerait votre bonne foi
A ne pas mépriser les gens

Car pour tout vous avouer en toute simplicité
On m’a donné une médaille
Et pour moi ça n’a pas fonctionné
C’est ce revers qui me tenaille
Pourquoi je ne suis jamais écouté
De quel droit m’a-t-on collé ces failles

Si vous décidiez de ne pas me prendre
Pour des raisons qui vous regarde
Pourriez-vous au moins me rendre
Celle que j’ai égarée par mégarde
Si elle accepte de condescendre
A partager mon âme hagarde

Je vous promets de revenir
Avec respect et tous les accessoires
Et si vous décidiez de ne pas me punir
Pour cette doléance dérisoire
Je peux même finir par ne plus vous maudire
Voire par accepter de croire

 

Le 10 août 2011

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