Vendredi 10 février 2006

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Cinema s' Trip

 Chronique du tournage d’un film


 

Ce roman est publié aux Editions 1 Artiste

 

 

Il s’agit d’un carnet de tournage…

 

"Jack est premier assistant réalisateur sur le film de Franck Krisbold pour Ator Production, ce qui n’est pas rien.
Avec son regard et ses mots, il nous fait partager la vie des plateaux d’un certain cinéma français au rythme trépidant du tournage."

 

Début du Roman

 


"Il reste une semaine et toujours pas de fille. Où je vais trouver ça moi, une fille ?

-Tu connais une fille toi ?
Maxime hoche la tête. Il n’en connaît pas, il en a une à chaque bras mais il n’en connaît pas.
-Je te préviens je prends n’importe laquelle. La première qui passe, tu ne viendras pas te plaindre...
Sa moue désabusée me laisse dubitatif. Il ne dit rien. Il s’en va. Il claque la porte quand même. Il la rouvre.
-Démerde-toi.
Je me retourne la pièce est vide, même pas une pauvre âme pour gueuler, se défouler dessus, lui donner un ordre pour montrer que je contrôle. Pour prouver que je contrôle. Parce que c’est moi qui contrôle et que si je décide comme ça de tout envoyer balader ils sont perdus, sans moi ils ne sont rien, tous, rien, c’est moi qui contrôle, c’est moi, c’est moi.
-Jack ! Dans le bureau de Lampierre !
-Bon je vais être viré.
-Si ça pouvait être vrai...


Maxime est insupportable. Je ne tiendrais jamais deux mois avec lui. Du matin au soir et même la nuit, il me déteste je le sens, et moi c’est pareil.
Qu’est qu’il me veut encore Lampierre, trois fois aujourd’hui alors que je n’ai pas une seconde. Profile bas mon grand, c’est lui qui te paye. Enfin qui essaye. Il fait ce qu’il peut, avec ce qu’il a, pas grand-chose. Tout est dû au matériel. L’être humain passe après, ramasse les miettes et lorsqu’il est un peu gourmand réussi à attraper un croûton, mais pour moi en ce moment c’est pénitence, même pas un quignon, un bout de mie, elle vaut cher la caméra.
-C’est le dernier modèle.
Ah. Si c’est pour ça alors ça va.

 

Extrait 1:

"Sur le qui vive, personne n’est réveillé, il est cinq heure et je suis en ébullition. Deux heures de sommeil tout au plus mais pas question de fermer l’œil. La nature respire, je l’entends de ma fenêtre, je tente d’être à l’unisson, de la sentir. Qu’est ce que les oiseaux pensent de tout ça ? Ils s’en foutent de mon travelling, du nombre de plans à tourner. Qui comprend ce que nous allons faire ? Qui comprend le monde dans lequel nous allons basculer ? Qui comprend que dorénavant les jours et les nuits se ressemblent, qu’il n’y a plus de différence. Que l’extérieur se déchirera, rira ou soupirera sans que nous n’en sachions rien, la terre pourra exploser nous serons toujours en train de tourner [...] 

 


Extrait 2:

Maxime ouvre le peignoir de Line qui tombe sur le sol.
-Très bien ! On va jusque là. Philippe ça te va là ?
Le chef opérateur plaque son oeil sur le viseur et sourit sur les fesses de Line.
-Approche-toi... Approche toi encore un peu... Voilà, là c’est bien. Je ne sais pas ce que tu en penses ? Krisbold regarde à son tour.
-Mouais avancez voir... T’as raison... Non reculez... Plus à gauche...
-ça décale Max.
-Ben décale-le.
-Max...
-Ça va j’ai entendu...
-Line un peu plus par là...
C’est la première fois qu’il y a un cul sur le plateau, donc l’équipe technique prend son temps, pour régler des détails. Chacun doit passer entre Maxime et Line ou Line et la caméra terminant des trucs mystérieux. Dans cinq heures plus personne n’y pensera plus mais je sais qu’il va me falloir vingt minutes pour calmer tout le monde, après on pourra travailler vraiment. Philippe le sait mieux que personne alors il ajuste avec minutie la position de Line, la fait tourner sur elle-même, tandis que Krisbold prend bien soin de lui parler dans les yeux, d’un air détaché comme s’il lui demandait de lui servir un café.
-Bon ça y est on la tourne là, on va pas mettre trois heures pour un plan moyen... Est-ce qu’on peut se mettre en place s’il-vous plaît... Philippe, combien de temps pour toi, Camille c’est bon ? Le raccord maquillage est fait ? Vire moi ces sacs Estelle une bonne fois pour toute, est-ce qu’on peut libérer l’espace... S’il-vous plaît cinq minutes pour tout le monde... Cinq minutes pour tout le moooonde !!!
-Tu veux un porte-voix ?
-Ça va on se dépêche !!!
-Je les mets où les sacs ?
-C’est fait...
-Il me faut trente seconde de plus...
-Menteur...
-Max t’es dans le champ là...
-C’est normal je joue dans la scène...
-Alors très bien pour tout le monde, on n’a pas besoin de la revoir ? Julien, Philippe...Ok alors on y va ? C’est bon pour vous monsieur Krisbold ?
-Moteur...
-Le moteur est demandé.
-Le moteur tourne !
-Annonce !
-Cinq sur deux deuxième.
-Rentre le clap !
-Deuxième annonce !
-Cadré.
-Action...

 

 

Cette chronique romancée est parue aux Editions 1 Artiste. Vous pouvez le commander en cliquant sur l'image:

 

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par Muriel Roland publié dans : Romans
Jeudi 9 février 2006

 


Le roman

 

 

Voici mon roman.

Il est un peu court…Certainement…

Il devait culminer à trois cent vingt pages, pour faire sérieux. Il en a cinquante trois, c’est mieux que vain.

De quoi il parle ? Ben c’est toujours pareil, la mort, la vie et tout ce qui va avec. Que dire de plus ? Je ne m’aventure jamais dans des laïus. En fait il s’agit d’une tranche de vie que j’ai dû abréger.

Non ce n’est pas un manque de volonté.

Je l’ai relu une bonne centaine de fois ce texte, et à chaque lecture je supprime un mot, le contexte ou un paragraphe, voir un chapitre  entier. Pire une idée.

De tout un livre il n’en reste que la moitié. Même pas. Même pas ça. Quelques pages. Cinquante trois. Comme moi. J’ai cinquante trois ans…

C’est curieux non cette concordance ?

Autant d’années d’existence pour ne retenir que cela finalement.

Parce qu’il s’agit de ma vie.

J’écris. Je relis, et tout disparait!

Censure-toi. Voilà ce que je me répète tout le temps pour ne pas blesser les gens avec lesquels toute ressemblance ne devrait être qu’une pure coïncidence.

Je ne veux pas écrire avec le sang. Sûr que je dois me taire à temps. Et sans surtout déplaire à qui me lira.

Je retire les mots pour ne pas qu’ils racontent.

Et mieux vaut en dire moins que trop.

Bon, d’accord là c’est trop peu. Je le reconnais. C’est que j’ai gardé seulement ce qui me plaisait vraiment.

Remarquez, il ne devrait pas être très coûteux. Pour la publication, au vu du nombre de mots absents, et tenir facilement sur un carnet transportable dans tous les lieux communs.

Ce roman est un livre de train…En quelque sorte.

Errant sur le quai d’une gare, ramassé par un quidam puisque perdu par un autre. Il y a des livres qu’on égare. Le mien est opportun on l’emmène sans égards. 

Sinon le genre de littérature ?

Vous parlez de la classification, de l’étagère sur laquelle il sera entreposé… ?

Si vous avez quatorze ans et demi il vous paraîtra chiant fatalement, je vous laisse trouver pourquoi.

Si vous en avez trente vous direz qu’il ne vous cultive pas, à quarante c’est pire, à cent  vous seriez déjà mort… Et à cinquante trois…

Déçu ?

Comme quoi. Il y a plusieurs lectures possibles, et il se peut même que vous le pensiez profondément con, je ne vous cache pas qu’à moi aussi ça m’est arrivé.

Mais il est écrit en français, je dis ça pour la traduction future si ça nécessite de passer les frontières.

Il est fini oui, bien fini.

Il y a probablement encore quelques épines glissées parmi les tournures lisses qui s’immiscent, futiles, que je voudrais retirer. Mais que resterait-il ?

Je vous assure. J’ai tout dit : il est comme ça. Il existe indépendamment de moi et il a décidé de s’arrêter là.

Personne n’édite une moitié de roman ?

Même pas une bonne moitié ?

Et je vous livre l’autre partie quand je l’ai terminée.

Bien sûr qu’il y a une autre partie.

Celle où j’ai mis tout ce que j’ai retiré dans l’autre vous savez…

Non il ne s’agit pas d’un ramassis d’idioties, vous avez tort de la refuser car cette partie-là comprend le plus important si vous voulez le savoir.

L’histoire.

Vous ne prenez aucune des deux moitiés ? Même pas celle déjà écrite ?

Ce roman de train restera donc en gare.

Je quitte l’espoir de le voir vagabonder. Il n’est pas libre d’exister tout à fait.

Il ne fera peut-être qu’un voyage, sur un quai de hasard. Et tel qu’il est. Avec ses pages sans autre forme que ces feuillets.

Et il verra du monde, je vous le promets. Il sera accepté. Acclamé… Admirable. Et à ce moment-là vous le croirez presque formidable.

 

par Muriel Roland publié dans : Monologues
Jeudi 9 février 2006

 

  

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Les Amants Terribles

 

Je suis passée vous voir sans penser vous trouver là
Au hasard de mes pas
Je suis arrivée jusqu’à vous sans oser m’approcher,
Je vous ai regardé
Dormir, sans paix.
Les oiseaux se sont tus, je retenais mon souffle, mes prières.
Pourquoi ont-ils fait cela ? Est-ce vous, les autres ? Cette révolte. Cette colère.

Alentour j’entendais les saluts,
La joie de certains et l’ennui aussi, les chahuts.
Chacun chez soi,
Seul ou en famille depuis des siècles, des années, quelques mois.
Il y avait des fleurs mais pas pour tout le monde,
Des visites, quelqu’un agenouillé, un autre qui se pressait,
Le silence à la ronde
Un arrosoir plein d’eau
Quelques photos.
Je m’expliquais les vies, ce qu’elles avaient pu être,
Peut-être
J’en complimentais deux - trois qui avaient vécu longtemps

Qui avaient souffert plus que d’autres
Forcément.
Je les ai appelé, hep vous autres !
Savez-vous ce qui se passe chez nous en ce moment ?
Voyez-vous toutes ces guerres inutiles,
Ces victimes inutiles,
Vous tous sous vos monuments.
Des listes de noms, sans causes
Tous les âges, tous, de toute façon alors pourquoi précipiter les choses ?
Les alignements

Sous le soleil éclatant
Sous les ombrages des arbres, ce silence apaisant
J’aime parler dans cet endroit, plaisanter
Et j’espère un rire, un sourire,
J’aime marcher
Et vous lire
A travers quelques dates, quelques plaques laissées
Là pour la mémoire, pour la gloire, à perpétuité.
Il y a des chapelles et un trou commun
Pour ceux dont on ne sait rien.
Je suis arrivée jusqu’à vous et j’ai imaginé l’horreur

La peur
Ma peur m’empêchait d’avancer plus loin.
Je n’ai pas osé passer
Devant vous l’air de rien
La pierre était fêlée.
Je me promenais innocente et j’ai levé le regard, baissé la voix.
J’ai senti qu’il ne fallait pas.
Il y avait une tête de marbre, éclatée.
Il y avait une statue, balayée.
Il y avait le toit qui s’écroulait et le granit déchiré.
Cette tombe était en larmes,
En drame
J’ai vu vos yeux menaçants qui m’interdisaient un mot, un pas de plus,
J’ai entendu votre rage, je me suis tue
Le sol se serait ouvert si j’avais osé
Vous braver.
J’ai entendu : n’avance pas !
Ne viens pas.
Ta gueule.
J’ai entendu : qu’est ce que tu fais là !
Tu ne comprends pas
Toi non plus.
Pour qui te prends tu
A nous imaginer comme ça
Tu ne connais rien de nous, tu ne sais pas,
N’avance pas.
J’ai vu la ferraille plantée dans vos cœurs, vos visages fous et vos lèvres crevées,
Vos ossements séparés.
L’un à côté de l’autre, dans deux cercueils, séparés.
Une petite fille courait dans les allées,
N’y va pas !
N’approche pas,
Ils ne veulent pas.
Ils sont debout,
Devant nous
N’approche pas.
Ils nous tiennent en respect au bout de leurs lances,
Ils font la guerre depuis qu’ils sont enterrés là,
Comme ça.
Ils me parlent, je recule, ils s’avancent.
Va t-en toi, petite fille, plus loin,
Va dire bonjour aux enfants le long du chemin,
Montre leur ce qu’est la vie à sept ans,
Ce que c’est d’être vivant
A cet âge, certains ne savent pas.
Moi je reste là.
Je fais face
Même si la peur m’enlace,
Même si je pleure
De terreur.
Je comprends. Ils me disent, tu vois, notre amour n’était pas possible,
Impossible
Personne n’a voulu,
Nous n’avons pas pu,
Nous l’avons fait quand même.
Tu vois ce qui arrive
Lorsque l’on se croit libre
Que l’on fait ce qu’on veut
Qu’on s’aime
Alors qu’on ne doit pas. Qu’on joue avec le feu.
Ils nous ont mis ensemble, ils n’ont pas pu faire autrement.
Nous l’avions dit,
Nous l’avions écrit,
On les a obligé.
Nos corps enlacés quand ils nous ont retrouvé.
Ils le savaient pourtant.
Et toi
Puisque tu es là,
Encore, puisque tu nous écoute
Crier de l’au-delà
Ecoute.
Nous avons gratté la pierre à main nue
Pour pouvoir nous toucher.
Nous avons soulevé l’alcôve avec nos pieds
Nous avons hurlé
Pour réveiller les autres, qu’ils sortent la nuit pour nous aider
Personne n’a pu.
Ils ont scellé nos sarcophages, d’acier,
A l’un et à l’autre et cette barrière
Tu vois est plantée
Dans la terre
Elle est en fer rouillé
Jusqu’à 10 mètres au moins de profondeur et nos cœurs saignent depuis 90 années.
Nous ne pouvons plus nous embrasser.
Tu vois ce qu’ils ont fait ?
On voulait être ensemble pour l’éternité,
Ils nous ont séparé.
Alors avance maintenant et dis nous
Dis nous
Que tu regrettes cette inhumanité.
Comprends que nous ne cesserons jamais de crier
Pour que l’on sache, que personne ne recommence jamais.
Approche toi de la tombe,
De nos tombes
Et sculpte dans la pierre
Grave jusqu’à la terre
Creuse dans nos âmes, dans nos plaies :
Malgré vous,
Malgré tout,
Ces deux là s’aiment à tout jamais.

 

 

  

 

 

 

Belleville, dimanche 4 juin 2006, 15h30

   

 

par Muriel Roland publié dans : Poésies

*

 

 
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