Histoires de Plumes

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Monologues

Une rencontre avec Hélène




Le deuxième type est passé devant la vitrine sans me voir. Il y avait beaucoup de filles ce jour-là sur le trottoir. Il les a regardé attentivement, a fini par faire pareil avec moi. Il a d’abord jeté un œil à sa montre, a compris qu’il avait dix minutes de retard, a attendu dix minutes aussi et puis est reparti.
En rentrant j’ai retiré la photo d’Hélène du site. Elle est mieux que moi, et lors de la première rencontre c’est toujours délicat, ils ne me reconnaissent pas.

Le troisième type a engagé la conversation avec moi. Et avec toutes celles du magasin. Lui il cherchait quelqu’un, n’importe qui. Je suis repartie avec lui. Il m’a dit qu’il s’attendait à trouver une belle femme aujourd’hui et j’ai pensé qu’il parlait d’Hélène mais je ne pouvais pas lui dire, Hélène c’est moi. Je venais de remettre sa photo, à la place de la mienne. Plus personne ne venait visiter ma page sur le site, depuis que j’avais retiré la sienne.
Il ne m’a pas invité à boire un verre il m’a dit on va chez toi ?  Chez moi je ne peux pas, il y a Hélène alors j’ai répondu non chez toi et il m’a déclaré alors : je n’ai pas de chez moi.
Lui voulait une femme et l’appartement avec. Une fille et son habitation. Je vis chez Hélène, sans éveiller ses soupçons je lui ais demandé de m’attendre là et je suis rentrée chez moi, seule, pour pleurer dans les bras d’Hélène qui ne sait pas que sa photo se promène sur un site de rencontre et que tout le monde flashe pour elle, comme dans la vie, et qu’elle aurait pu avoir plusieurs rendez-vous ce week-end.

Le quatrième type avait voté pour moi. Mais vraiment pour moi. Je l’ai immédiatement contacté et il m’a écrit : je vous préférais sur la première photo. J’ai dû lui dire que ce n’était pas moi, celle qu’il avait vu l’autre fois. Il m’a traité de menteuse, de voleuse. Il a affirmé que je ne pourrais jamais être la femme de sa vie. Lui cherchait une âme sincère, sœur de préférence, sur ce site, comme au supermarché avec son caddie. Il regardait la marchandise. Il inspectait l’étiquette, la provenance, évaluait le risque de déviances. Il visait les premiers choix. Il cherchait sa femme là, dans une vitrine virtuelle où il y a plus de filles encore que dans les magasins.

Le cinquième type n’avait pas les yeux bleus et ne mesurait pas un mètre quatre vingt, il n’était certainement pas non plus chirurgien. Je n’étais pas Hélène. J’ai simulé une coïncidence fortuite, tiens, qu’est ce que vous faîtes là, vous espérez quelqu’un ? Elle n’est pas venue mais je suis là moi, on pourrait peut-être en profiter, vous ne vous attendiez pas à ça. Vous veniez pour retrouver une fille et vous partez avec une autre. Après tout qu’importe.

Le sixième type… Et bien c’était le mec d’Hélène. Il ne pensait probablement pas la trouver là. Il m’a envoyé un message dans lequel il disait que ma présence sur ce site était honteuse, irrespectueuse de lui et de leur relation. Trahison. Il m’a quitté sur le champ. Enfin, il a quitté Hélène.
Après cette rupture soudaine elle était assez désespérée alors je lui ais dit que je venais de l’inscrire sur un site de gens à rencontrer pour qu’elle puisse trouver un homme fiable, aimant et désintéressé ; et pour elle ça n’a pas traîné.


Le premier type à qui j’avais dit non, ton profil ne correspond pas, tu n’as pas tout bon au questionnaire, tu n’es pas celui que j’espère, te parler ou te voir je n’ai pas envie… J’ai fini par lui dire oui.

 

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  J’ai dit oui

 

 

 

J’ai dit oui.

Non pas parce que j’en avais envie, je n’ai jamais eu envie de cela. Je n’ai jamais rêvé à cela, je ne voulais pas de cela pour moi. Je n’y croyais pas.
Ma vie m’appartient même si je n’ai pas la sensation de maîtriser mon destin mais plutôt celle de me faire balader de chemin en chemin, qu’on m’impose une route que je ne suis pas, par esprit de contradiction sans doute, pour avoir l’air de savoir où je vais alors que la seule chose que je sache c’est d’où je viens et où je n’irai pas.
J’ai dit oui.
Parce qu’un jour j’ai déposé les armes, j’ai séché mes larmes de rancœur, j’ai ouvert mon âme à l’espoir, j’ai ouvert mon cœur au vacarme péremptoire de mes peurs, que je les ai regardées, écoutées, en acceptant l’idée que l’on me désarme de mes noires frayeurs.
J’ai dit oui.
Parce que c’était une évidence, de celle qui titille les entrailles, de celle qui crie : avance, de celle qui dit : je pense que cette histoire est celle que tu attendais sans l’attendre, de celle qu’on offre comme une chance et qui entaille la résistance, qui incise l’espérance en déclarant de manière tendre : tu dois.
J’ai dit oui.
Parce que devant moi se tenait l’inattendu, un sentiment de déjà vu nulle part, un impératif absolu de prendre part au bonheur. Sans heurts ni déconvenues.
J’ai dit oui.
Parce que je l’aime.
Parce que je crois en lui.
Parce que je veux de lui, pour ma vie entière que je souhaite désormais centenaire quand je la devinais foutue. Parce que le tonnerre continu de mon amour pour lui ne tarit pas d’éloges pour l’homme qu’il est, et qui m’a secouru du jamais, du perdu, de l’immonde cimetière, de l’ad hominem et d’une façon toute particulière de moi-même.
J’ai dit oui.
Pour qu’il soit le gardien de mes aspirations, de mes inspirations, de mes respirations. Pour qu’il soit mon mari.

 


 

6 février 2010

 

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