Mercredi 15 février 2006

L’ île AbsurDiE



Scénario de film d’une durée de 30 minutes.




Noir- On entend des bruits de voix. L'ambiance d'une place de marché. Des cris d'hommes, de femmes et d'enfants qui s'amplifient et se transforment peu à peu jusqu'à devenir des cris de mouettes.

Une mouette solitaire survole la falaise et vient s'abriter sous le porche d'une petite maison aux volets mauves et à la peinture rongée par le vent du nord et le sel de la mer.




1. Maison de Jeanne. Salon. Intérieur jour.

JEANNE la suit du regard. Elle est debout devant la fenêtre et regarde tomber la pluie, épaisse comme un rideau. C’est une femme d'une quarantaine d'années, toute vêtue de noir. Elle porte les cheveux longs sur les épaules. Elle est très maquillée. De grosses lunettes noires cachent ses yeux.

Elle se détourne brusquement et traverse la pièce d'un pas léger et aérien. Elle vient s'asseoir à un petit secrétaire ancien sur lequel sont posés une bouteille de vin rouge sans étiquette et un petit verre en cristal.

Elle allume une cigarette.
D'un geste mécanique, elle arrache une page journalière d'un calendrier éphéméride mural et la place devant elle.

Elle se sert un verre, et commence à écrire.




2. Maison de Jeanne. Extérieur fin d'après-midi.

Un jeune garçon d'une quinzaine d'années, les bras chargés de deux petits cartons contenant de la nourriture, frappe à la porte d'entrée.
JEANNE passe la tête par l'embrasure de la porte, maintenue entrebâillée par une chaîne de sécurité.

JEANNE ouvre sa porte pour laisser entrer BAPTISTE.
Elle lui prend un carton des mains.
BAPTISTE, sur le seuil, jette un œil sur la boîte-aux-lettres béante et vide.

BAPTISTE
Toujours pas de courrier mademoiselle Jeanne ?

JEANNE
Et non monsieur Baptiste.




3. Maison de Jeanne. Cuisine et Salon. Intérieur Fin d'après-midi.

JEANNE déballe les courses qu'elle range dans les placards. BAPTISTE pose le carton sur la table puis repart vers le salon.

JEANNE
J'espère qu'aujourd'hui tu as bien pensé au journal...

BAPTISTE (off)
Rien ne manque... Enfin je crois.

JEANNE jette un œil suspicieux dans le carton.

BAPTISTE (off)
Vous avez quelque chose pour moi ?

JEANNE sort de la cuisine et passe devant BAPTISTE. Elle traverse le salon.

BAPTISTE regarde sur le mur les photos de Jeanne dans des petits cadres. Ce sont des photos noir et blanc prises quelques années auparavant.
JEANNE revient.

BAPTISTE désignant les photos du menton
Vous étiez belle avant…

JEANNE
Avant quoi ?

JEANNE lui tend la bouteille d’un geste brusque. BAPTISTE la prend et la regarde.

BAPTISTE
Une seule page ?

JEANNE lui ouvre la porte, l’invitant à sortir.

JEANNE
Et oui, c'est tout pour aujourd'hui.

JEANNE tient la porte grande ouverte, une main sur la poignée.

JEANNE
Bon à demain Baptiste…

Baptiste sort.

BAPTISTE
A demain…

JEANNE
Et ne soit pas en retard !

Elle referme la porte.




4. Chemin du Village. Petit Pont. Extérieur fin d'après-midi.

Baptiste emprunte le chemin qui descend vers la côte et passe devant un petit pont qui traverse un bras de mer.
Désinvoltement, il lance la bouteille par-dessus bord, d'un geste mécanique, sans la suivre du regard.
Il continu son chemin.

La bouteille roule le long de la pente et atterrit sur un petit banc de sable entouré de rochers, sur une centaine d'autres bouteilles identiques que la marée n'est jamais venue chercher.




5. Maison de Jeanne. Salon. Intérieur matin.

JEANNE traverse la pièce une bouteille à la main.

Elle s'assoit lourdement à son secrétaire et arrache une nouvelle page de l'éphéméride qu'elle pose devant elle. Elle regarde la page blanche d'un air peu convaincu en soupirant.
JEANNE ramasse ses cheveux en un chignon grossier, se passe une main sur le visage. Elle jette un vague regard sur le miroir disposé derrière elle. Elle ajuste ses lunettes noires et se met à écrire.




6. Maison de Jeanne. Salon. Extérieur fin d’après-midi.

JEANNE est debout sur le pas de la porte, une main en pare-soleil, elle regarde en bas vers le village dont on aperçoit quelques toits.
Elle jette un rapide coup d’œil à sa montre-bracelet puis elle rentre chez elle.




7. Jardin de la maison de Jeanne. Tombée de la nuit.

La porte s’ouvre et JEANNE dépose sur le seuil un casier dans lequel sont rangées quatre bouteilles identiques contenant ses écrits, puis elle referme la porte.




8. Maison de Jeanne. Salle de bain. Intérieur matin.

JEANNE se regarde longuement dans le miroir au - dessus du lavabo et entreprend de se maquiller.




9. Chemin du Village. Extérieur jour.

JEANNE, un foulard sur les cheveux et ses lunettes noires qui lui cachent les yeux, emprunte le chemin qui mène au village. Elle tient à bout de bras, le casier rempli de bouteilles.
Arrivée près de la falaise, elle lance de toutes ses forces une à une les bouteilles à la mer, Elle contemple un bref instant ses bouteilles se faire chahuter par les vagues.

Elle descend vers le village.




10. Le village. Extérieur jour.

JEANNE entre dans le village. Un profond silence y règne. Toutes les rues sont désertes.
Partout, des pancartes "Fermé" sont attachées aux volets clos, sur les devantures des commerçants, à l'école, à l'arrêt de bus, sur la porte de l'église…

JEANNE reste quelques instants plantée au beau milieu de la place vide guettant le moindre signe de vie.
Elle s’approche d’une maison adjacente à l’épicerie dont la devanture et les volets sont clos.

LAURENT apparaît au coin de la rue qui mène au petit port, un seau rempli de poissons à la main. C'est un jeune homme d’une vingtaine d’années aux traits tirés par la fatigue.
Il s'essuie les mains sur son jean. Il relève la tête et semble surpris de voir JEANNE seule sur la place. Il vient vers elle, un sourire narquois au bord des lèvres.
(LAURENT parle d'une voix lancinante, toujours tintée d'ironie.)

LAURENT
Mademoiselle Jeanne…
Çà f’sait longtemps qu’on vous avait pas vu... Qu'est ce qui vous amène ?

JEANNE détourne la tête, visiblement peu enchantée de le rencontrer.

JEANNE (d’un ton détaché)
…‘jour Laurent...

LAURENT se plante devant elle, et lui met son seau de poissons dont certains frétillent encore, sous le nez.

LAURENT
c’est le village qui vous manquait ou c’est la pluie qui vous a fait sortir de chez vous ?

JEANNE
C’est l’odeur du poisson.

Laurent sourit et pose son seau à terre.
JEANNE regarde à l’intérieur de la boutique par une fente entre deux planches disjointes. Elle frappe à la porte.

LAURENT la regarde, moqueur.

LAURENT
Pouvez toujours attendre, personne vous ouvrira…

LAURENT s’assoit à même le sol, sur le pas de la porte.

LAURENT
C’est comme çà d’puis des jours….

JEANNE
Tout le monde est parti ?

LAURENT
Non. Ils se sont enfermés chez eux.

LAURENT prend quelques poissons dans son seau et les enroule dans du papier journal.
Il replie le papier impeccablement et tape sur le paquet pour lui donner une forme bien plate.

LAURENT
C'est encore cette histoire de phare… Vous savez… Ils vont le détruire le mois prochain...

LAURENT hausse les épaules.
LAURENT lève le bras et tape violemment contre le volet avec le poing, de plus en plus fort. Il tend le bras vers la fente de la boîte aux lettres et y glisse le poisson emballé.
JEANNE le regarde faire.

JEANNE
C’est pour ça qu’ils s'enferment ?

LAURENT
Ouais. Pour protester.

JEANNE
Et ils vont leur laisser le phare juste parce qu'ils arrêtent de vivre?
C'est complètement idiot de protester de cette façon là, qu'est ce que çà peut bien faire qu'il n'y ait plus d'habitants sur l'île ?

LAURENT regarde JEANNE qui fait la moue. Il lui sourit.

JEANNE
Et toi tu ne fais pas la grève?

LAURENT
Moi leurs histoires vous savez... Aujourd'hui c'est le phare, demain ce sera autre chose... Et puis faut bien qu’ils mangent.

LAURENT commence à empaqueter un autre poisson. Il part en direction de la maison voisine.

LAURENT tape de toutes ses forces contre la fenêtre. Celle-ci s’ouvre brutalement. Quelqu’un tend une main pleine de pièces de monnaie que LAURENT prend. Il met dans la main le poisson, sans un mot, puis il revient vers JEANNE.

JEANNE
Je n’ai pas vu Baptiste depuis plusieurs jours et…

LAURENT
…Sa mère l’empêche de sortir…

LAURENT s’approche de JEANNE.

LAURENT
Demain je vais sur le continent. Je vous rapporterai de quoi survivre …Si voulez en attendant…

LAURENT prend la main de JEANNE et lui place fermement un poisson empaqueté qui frétille encore, au creux de la paume.
JEANNE à un mouvement de recul. LAURENT rit.

LAURENT
Je vous offre un verre ?

JEANNE
Non merci, il faut que je rentre.

Elle tourne les talons.

LAURENT
On vous voit une fois par an…Vous pouvez faire un petit effort non ?

JEANNE ne répond pas. Elle s’engage sur le chemin qui mène vers chez elle.

LAURENT (criant)
…Vous allez vous barricader dans votre petite maison vous aussi… ?

JEANNE l’ignore et continue de marcher.

LAURENT (criant)
Hein ?

JEANNE (criant) sans se retourner
Oui.




11. Chemin du Village. Petit pont. Extérieur jour.

JEANNE marche vers chez elle à petits pas. Elle lève la tête vers les mouettes qui décrivent des cercles au-dessus de la mer. JEANNE va vers elles en passant sur le pont.
Elle s'accoude à la rambarde.
Elle déplie le papier et jette le poisson en direction des oiseaux.

Le poisson retombe lourdement sur les cadavres de bouteilles qui forment un amoncellement…
JEANNE reste immobile, tétanisée par le spectacle de ses bouteilles échouées qu'elle vient de découvrir.




12. Maison de Jeanne. Intérieur soir.

JEANNE ouvre une nouvelle bouteille et boit directement au goulot. Trois autres bouteilles vides sont renversées sur la table.
JEANNE arrache d’un geste rageur quelques feuilles de l’éphéméride et en fait des boules de papier. Elle pousse un cri de colère. Puis elle s’effondre sur son secrétaire.




13. Chemin du Village. Petit pont. Extérieur nuit.

JEANNE totalement saoule, titube sur le chemin qui va vers le pont. Elle a une brouette de jardinier avec elle que tantôt elle pousse tantôt elle traîne péniblement de travers, suivant les accidents du chemin.

JEANNE pose la brouette et commence à descendre vers la mer.
JEANNE remonte avec une bouteille dans chaque main qu’elle casse en arrivant.
Epuisée, elle s'assoit quelques instants dans la brouette.

Elle s'endort.




14. Maison de Jeanne. Extérieur jour.

LAURENT
Bien dormi mademoiselle Jeanne ?

JEANNE lui répond par un grognement derrière la porte entrebâillée maintenue par la chaîne.

LAURENT
Vous avez pas l'air en forme...

Il a les bras chargés de victuailles.

JEANNE ne répond pas. Elle montre des signes de nervosité, ses yeux cachés derrière ses lunettes noires.
LAURENT sourit.
Silence.
Il montre les paquets qu'il tient à la main.

LAURENT
J'peux entrer ?

JEANNE hésite un instant, peu enchantée par cette suggestion. Mais elle repousse la porte de la main et s'efface pour le laisser passer.




15. Maison de Jeanne. Salon. Intérieur jour.

JEANNE lui prend les paquets des mains et va vers la cuisine.
LAURENT regarde tout autour de lui. Ses yeux se posent sur les photos de Jeanne accrochées au mur de l'entrée.
JEANNE revient et voit LAURENT qui regarde les photos.

LAURENT
Ça vous fait pas peur de vous voir comme ça tout le temps ?

Il tourne la tête vers elle.

LAURENT
Remarquez ça vous fait d'la compagnie hein...

JEANNE ne répond pas. Elle ouvre la porte pour inviter LAURENT à s'en aller.
LAURENT fait mine de ne pas avoir compris l'allusion et fait un pas de plus dans la pièce.

Son regard vient se poser sur un petit miroir dans l'entrée juste à côté des cadres des photos. Il s'y regarde sous toutes les coutures.
JEANNE s’agite, agacée par son comportement.

LAURENT
Judicieux la place que vous avez choisie...

Il désigne successivement le miroir puis les photos.

LAURENT
...Comme ça vous pouvez vérifier chaque jour les dégâts que cause le temps à votre joli visage... Vous n'êtes pas obligé de garder toujours vos lunettes noires vous savez, je les ai déjà vus vos yeux.

JEANNE rougit de colère.
LAURENT bat en retraite vers la porte. Il s’accoude à l’embrasure de la porte et embrasse la pièce d’un coup d’œil. Une bouteille de vin est posée sur le secrétaire. Il la regarde un instant puis il lève les yeux vers JEANNE. Son ton se radouci.

LAURENT gentiment
Faut pas vous mettre dans un état pareil Mademoiselle Jeanne…

JEANNE hésite une seconde puis pousse LAURENT vers l’extérieur.

LAURENT reculant
Au lieu de pleurer sur vous toute la journée sans rien faire… J'ai un travail pour vous si ça vous intéresse...
V'nez me retrouver demain sur la place du village...

JEANNE vivement
Il n’en ait pas question.

JEANNE claque la porte au nez de Laurent.

LAURENT (off)
...Je vous y attendrai !




16. Chemin du Village. Petit pont. Extérieur jour.

LAURENT (off)
Vous savez ce que c'est ça ?

JEANNE sursaute puis lève les yeux au ciel en reconnaissant la voix de LAURENT.
Il s’approche de JEANNE accoudée à la rambarde.

LAURENT s'adosse à la rambarde. Il regarde JEANNE fixement.

LAURENT
C'est quelqu'un qui sait pas parler aux autres alors il leur écrit.

JEANNE
De qui tu parles ?

LAURENT désigne du menton les bouteilles échouées.

LAURENT
De celui qu'a écrit tout ça.

Silence.

LAURENT
Vous voyez les papiers blancs à l'intérieur des bouteilles?

JEANNE fait oui de la tête.

LAURENT
Et bien ce sont des poèmes.

JEANNE
Comment tu sais ça ?

LAURENT
Parce que je les ai lus.

Silence.

LAURENT
Vous voulez que je vous en lise un ?

JEANNE
Non merci.

LAURENT
Avec tout ce que le mec a bu, on va pouvoir remplir au moins deux étagères de la bibliothèque...
Vous êtes pas venue hier.

JEANNE tourne les talons et s'en va.

LAURENT
C’est ça…Allez-vous-en…

JEANNE ne répond pas. Elle continue d’avancer de sa démarche lascive si travaillée.
LAURENT la regarde s'éloigner.

LAURENT
Et sinon, à part être belle qu'est ce que vous savez faire d'autre?

JEANNE remonte vers chez elle en courant.

LAURENT (criant)
Si vous voulez à manger vous savez où me trouver…




17. Place du village. Extérieur. Après-midi.

LAURENT est sur la place du village. A côté de lui, dans un filet : les centaines de bouteilles échouées de Jeanne. LAURENT déplie un à un les messages et jette les bouteilles dans une fosse creusée un peu plus loin.

Un jeune homme « un peu sot » portant une pancarte « fermé » autour du cou vient à la rencontre de LAURENT.

WILLIAM
Salut Laurent

LAURENT lève la tête en direction du jeune homme et lui sourit

LAURENT
Salut William…Alors, toi aussi tu protestes?

WILLIAM montre fièrement sa pancarte.

WILLIAM
Ouais!
J'en ai marre d'être de bonne humeur. Ca fait des années que je fais rire tout le village, qu'ils s'amusent grâce à moi...Jamais personne ne m'a remercié, je fais ça gratuitement et eux ils viennent de me mettre à la porte du café.

LAURENT
Passe chez moi en fin d'après midi, je t'offrirai un verre...

Un immense sourire illumine le visage de William.

WILLIAM
Merci Laurent, c'est très gentil.

LAURENT
Tu peux m’aider ?

WILLIAM
Bien sûr.

LAURENT continue d’extirper les messages des bouteilles et de les déplier.

WILLIAM
C’est les bouteilles de mademoiselle Jeanne ?

LAURENT approuve de la tête.
WILIAM émet un sifflement entre ses dents.

LAURENT
Comme tu dis.




18. Maison de Jeanne. Extérieur fin d’après-midi.

JEANNE s’effondre dans le fauteuil près de la fenêtre. Elle retire ses lunettes noires et passe une main sur son visage. Ses yeux sont bouffis.
Elle regarde vers la plante verte joliment disposée sur le rebord de la fenêtre. Elle considère un instant la bouteille d’eau destinée à l’arrosage. Elle l’empoigne brutalement et boit d’une traite. Elle repose la bouteille vide.




19. Maison de Jeanne. Extérieur midi.

LAURENT frappe à la porte de JEANNE. Personne ne lui répond. LAURENT frappe une nouvelle fois.

LAURENT
Je sais que vous êtes là. Venez, je vous invite à un pique-nique.

LAURENT reste planté quelques secondes devant la porte close puis, sans se démonter, déplie soigneusement une couverture et l’étale sur l’herbe.
Il sort des victuailles d’un panier et dispose le couvert.

JEANNE le regarde faire par la fenêtre, dissimulée derrière un rideau.

LAURENT
Ça fait presque trois jours que vous n’avez rien mangé… Je ne sais pas si vous êtes orgueilleuse ou si vous êtes stupide.

JEANNE tire le rideau d’un coup sec. Elle répond quelque chose qu’on ne comprend pas.
LAURENT se tient l’oreille pour l’inviter à répéter.
JEANNE ouvre sa fenêtre en grand.

JEANNE criant
Fous moi la paix !

LAURENT lui tend une cuisse de poulet pour toute réponse. JEANNE referme la fenêtre.
LAURENT continue de manger, sans se démonter.
La porte s’ouvre. JEANNE passe la tête par l’embrasure. LAURENT l’invite d’un geste à venir le rejoindre. JEANNE s’approche.

LAURENT
J'suis en train d'les classer par thèmes…

JEANNE l’interroge du regard.

LAURENT
…Les poèmes que je vous ai montré l’autre jour.

JEANNE ne répond pas et mord à belles dents dans le sandwich que lui a préparé LAURENT.

LAURENT
... Y' en a un sur quelqu'un qui s'regarde vieillir... Ça devrait sûrement vous plaire...

JEANNE
Ah oui ?

LAURENT
Ouais.

LAURENT
J’vais les mettre à la bibliothèque.

JEANNE
...pourquoi faire ?

LAURENT
Pour que les gens puissent les lire. Ils sont plutôt pas mal, autant que tout le monde en profite.

JEANNE hésitante
Tu les as aimé ?

LAURENT
Ouais... Certains. Mais des fois c'est chiant à mourir...
Par contre y 'en a des supers bien ! Y'en a un qui parle de poissons qui mangent les filets et qui se font manger par les autres après... Enfin, j'ai pas trop compris mais il est vachement bien...

JEANNE le regarde, amusée.

LAURENT
C’est la marée qui les a ramenées sur la côte. Hier j’en ai pêché trois autres…Va savoir d’où elles viennent ces bouteilles…

JEANNE
ça…

LAURENT
Vous n’auriez pas une petite idée vous ?

JEANNE
Non…

LAURENT
J’vais dire qu’elles sont à moi puisque c’est moi qui les ai trouvées…Hein ?

JEANNE sans cesser de manger approuve de la tête.
LAURENT regarde JEANNE en souriant. JEANNE ne lève pas les yeux.




20. Chemin de la digue. Extérieur jour.

JEANNE s'est coupé les cheveux et s’est vêtue d'une longue robe, elle passe devant le petit pont et jette quelques bouteilles par-dessus la rambarde. Les bouteilles atterrissent dans un filet de pêche dont LAURENT vérifie la solidité. D’autres bouteilles de toutes couleurs et de toutes tailles sont déjà là.

LAURENT
Merci de votre contribution…

JEANNE lui fait un signe de la main. Elle poursuit son chemin en direction du village.




21. Entrée du village. Extérieur jour.

JEANNE croise WILLIAM sur le chemin. Il porte des sacs de bouteilles qu’il traîne derrière lui.
Au loin, un brouhaha nous signale que le village a repris sa vie.

WILLIAM
Bonjour mademoiselle Jeanne.

JEANNE
Appelle-moi Jeanne…Mademoiselle ça me vieillit.

WILIAM
Vous êtes très belle aujourd’hui mademoiselle Jeanne…

JEANNE
Merci…

WILIAM
Pas de quoi. Depuis

par Muriel Roland publié dans : Scénarios

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