Partager l'article ! Les Pierres de Malice - Part 1 - 1ère partie: Partie 1 - Première partie. Malice n’était pas née sorcière, mais ...
Partie 1 - Première partie.
Malice n’était pas née sorcière, mais sa peau diaphane et ses cheveux rouges la désignaient malgré elle comme un être à part, et, après avoir
longtemps été la pestiférée du village par ces seuls ornements, elle s’enflamma pour les diableries auxquelles les biens pensants la condamnaient, croyant ainsi trouver une place au sein de la
bourgade, car on venait la consulter constamment pour effectuer quelques ensorcèlements et autres sortilèges qu’elle effectuait de bonne grâce sans y connaître rien.
Elle improvisait des potions qui ne faisaient aucun effet et qui pourtant fonctionnaient, tant les habitants étaient convaincus de ses pouvoirs. Ils
les absorbaient, persuadés que leurs vœux allaient être exaucés par ces mélanges improbables constitués de la faune et de la flore environnantes, mélangées à la pleine lune et cuite dans un
chaudron, saupoudrées d’incantations que Malice inventaient.
Un jour, sur les chemins du village, les pas des chevaux résonnèrent, signe que le seigneur du château s’apprêtait à partir en croisade, accompagné
de ses hommes. La poussière soulevée par ces innombrables cavaliers en armures était si dense que les habitants restaient chez eux, pour ne pas respirer le nuage sablonneux qui emplissait l’air,
et, surtout, pour ne pas croiser le regard du suzerain qui n’acceptait pas que quiconque ose lever les yeux sur lui et son armée, surtout lorsqu’ils s’agissaient des sujets de son fief, reclus
dans cet innommable endroit coincé entre cette forêt insondable et ces abominables marais.
Malice était sur le bord du chemin, elle cueillait des plantes pour un breuvage dont elle avait le secret, quand le sabot d’un cheval percuta de
plein fouet son seau rempli de nouvelles pousses qui s’éparpillèrent sur le sol. Le cheval s’arrêta, et, à sa grande inquiétude le cavalier descendit de sa monture.
Malice s’attendait à ce qu’il la punisse de s’être trouvée là et cacha son visage dans ses mains dans l’espoir que quelques larmes de frayeur
coulent sur ses joues pour attendrir celui qui immanquablement allait la châtier pour son outrage.
Contre toute attente, le chevalier s’abaissa à ramasser les fleurs en s’excusant de sa maladresse.
Malice le regardait, mi apeurée mi surprise, n’osant s’approcher de l’homme en armure qui lui tendait son seau avec un large sourire. Cet homme
habitué à la guerre avait laissé filer le cortège à cause d’elle et elle restait dans l’attente de la sentence qui ne manquerait pas de tomber.
Mais l’homme la regardait sans méchanceté et elle prit le seau avec un frisson tandis qu’il la gratifiait de nouveau d’un sourire. Il ne disait rien
et contemplait seulement ses boucles malmenées par le vent. Puis, le plus sérieusement du monde il lui demanda si elle était bonne à marier.
Malice trouva cette demande incongrue. Et puis, de part la seule couleur de sa chevelure qui n’incitait aucun homme à l’approcher d’habitude, elle
aurait du faire fuir ce preux chevalier qui au lieu de cela restait là. Il la regardait toujours en souriant gentiment. Alors, pour lui faire un peu peur, car elle tenait à son titre de maudite
sorcière vilipendée par tous ses congénères, elle lui signifia qui elle l’était en le menaçant de quelques maléfices. Le chevalier se mit à rire. Il ne croyait pas à toutes ces
sorcelleries.
La vie de Malice étant destinée toute entière à satisfaire les folles croyances des habitants du village en confectionnant des décoctions inutiles
au fond d’une cabane déglinguée, elle lui avoua qu’elle n’y croyait pas trop non plus. Et ils rirent ensemble.
Le chevalier fronça un instant les sourcils, sembla réfléchir et demanda à Malice si elle pouvait faire quelque chose pour lui. En remerciement de
ce qu’il avait fait pour elle, elle lui répondit oui sans une once d’hésitation.
L’homme sortit un livre de son armure. Il s’agissait d’un vieux grimoire, vestige d’une guerre passée entre l’armée du Roy et un rassemblement
d’enchanteurs qu’elle avait combattu, et proposa à Malice, si elle en était capable, de reproduire pour lui un remède inscrit dans l’ouvrage.
Le chevalier précisa que lui-même avait déjà tenté de fabriquer la mixture, et que celle-ci s’accompagnait de quelques incantations qui n’étaient
pas notées dans le livre et qu’il faudrait imaginer.
Malice l’interrogea, un homme sceptique quant à la sorcellerie, qui s’en moquait ouvertement, voulant y avoir recours, l’intriguant au plus au
point.
Le chevalier répondit qu’il ne croyait en rien justement et que c’était bien ce qui l’ennuyait. Ce valeureux combattant, s’illustrant dans les
nombreuses croisades menées par son seigneur, avait soif de loyauté et se figurait guerroyer au nom de rien ce qui le perturbait au point de ne plus vouloir combattre. Il n’avait pas la foi et
pourtant il se devait de batailler au nom de cette foi que le breuvage était censé lui apporter. Il voulait juste essayer.
Malice s’amusa à relever le défi, car elle aussi, ne serait-ce qu’un instant, avait besoin de croire, et elle l’entraîna dans sa cabane afin de
confectionner la potion.
L’homme la regardait se concentrer sur le grimoire, cherchant les ingrédients dans les pots entreposés sur une étagère bringuebalante, pour faire ce
fameux élixir qui lui rendrait peut-être l’âme et le cœur vaillants au combat. Il la trouvait jolie et promenait ses yeux de sa peau lumineuse et cette chevelure flamboyante. Malice faisait
attention à ses gestes, intimidée par l’attention que lui prodiguait ce chevalier singulier, elle voulait lui prouver qu’elle pouvait être une vraie sorcière pour ne pas tromper son
attente.
Lorsque le breuvage fut prêt, elle lui remit entre les mains et il le bu sans même une appréhension. Alors Malice susurra quelques mots. Sa voix
était fine et douce et émut l’homme qui l’écoutait. Elle disait les mots au hasard, composant un phrasé des plus charmants afin de le séduire davantage, n’étant pas dupe de ces regards sans fin.
Elle y mit tout son cœur à marteler les mots avec vigueur, entrant dans le jeu de cette sorcellerie dont elle ne connaissait rien, sachant pertinemment qu’il ne se passerait rien mais voulant par
dessus tout ne pas le décevoir.
L’incantation terminée, le chevalier disparut.
Malice resta interdite un moment, puis, affolée, regarda de tous côtés. Il n’y avait pas l’ombre de l’homme dans sa masure, ni même à l’extérieur,
et son cheval était encore là. Elle avait bien vu le cavalier s’effacer devant ses yeux et elle entendit une voix, la sienne, qui lui demandait où il était. Malice se confondit en excuses, jura
que c’était bien la première fois que l’une de ses inventions avait quelques effets magiques et rassura l’homme qui voulait réapparaître. Elle prit le grimoire, cherchant à l’intérieur l’espoir
d’un antidote mais rien n’était mentionné.
Elle tenta divers remèdes mais ni ceux-ci, ni les incantations n’y firent rien, alors, las l’un comme l’autre d’essayer quelques nouvelles potions,
Malice s’endormit sur le grimoire, et l’homme à l’endroit même où il se trouvait c’est-à dire nulle part.