Muriel Roland Darcourt - Auteur

TEXTES à lire, TEXTES à jouer... Monologues, Poésies, Lettres, Fragments, Nouvelles, Romans, Saynètes, Scénarios, Pièces de théâtre...



Monologue du Cours de Maths

Muriel Roland Darcourt

Catégories : #Monologues

 

 

equation.jpeg




Aujourd’hui, à l’école, j’ai eu un problème. Un gros problème à résoudre. Le temps me manquait, déjà la cloche résonnait, annonçant la récréation et le moment fatidique où je devais rendre mon devoir et mon problème était intact, là, sous mes yeux. Une histoire de bateau qui possédait Y voiles et Z hommes d’équipage et (x-1) d’ancres à bord qui naviguait depuis a² et remontait le n +3 fleuve, et je devais absolument trouver l’heure exacte à laquelle il accosterait.
Dehors, le long du terrain vague coulait la rivière et je me demandais en suivant le cours d’eau du regard à quoi pouvait bien ressembler un bateau avec Y voiles et (x-1) d’ancres lorsque brusquement une lettre me rappela à l’ordre et un chiffre se mit à crier. Visiblement mécontents l’un l’autre de mon manque de concentration, ils me déclarèrent qu’ils voulaient savoir, eux, à quelle heure ils arriveraient.
Je tournais la tête dans leur direction mais ils semblaient danser au gré du vent où les flots les portaient, virevoltant autour des Y voiles que les (x-1) d’ancres empêchaient de filer vers l’horizon et je ne pus maintenir mon attention.
Alors les Z hommes d’équipage m’ordonnèrent de prendre l’air inspiré, que ma respiration n’empèse pas l’atmosphère de mes (a+b) (a-b) qui indéniablement risquaient de faire remarquer au capitaine mon a²-b² de distraction.
Ce qui conduirait à mon exclusion de la classe et provoquerait le naufrage du bateau qui engloutirait les Y voiles et les Z hommes d’équipage et bien d’autres choses encore que mon professeur n’avait pas cru bon ni de nommer, ni de compter, et pourtant qui existaient. Le gouvernail aurait pu devenir v+t A3 (pour simplifier) et ainsi de suite. Pourquoi les avait-on oubliés ?
Je rajoutais le p-4 de mâts et le u (a2) de coque pour aller avec l’ensemble. J’additionnais puis je soustrayais mais il ne se passait rien. J’arrivais toujours au même point du problème. Le point de fuite, alors qu’il suffisait de lever les (x-1) d’ancres et de partir au loin. De l’autre côté du n +3 fleuve pour qu’il ne revienne plus ce bateau improbable. Avec ses Y voiles invraisemblables dans lesquelles aucun vent ne s’engouffre, ne souffre de venir les gonfler, avec son problème. D’ailleurs le u (a2) de coque devait aussi avoir un problème. Ainsi que Z hommes d’équipage car en plus de leur problème commun ils avaient également leurs propres problèmes.
Un tel imbroglio étant impossible à résoudre j'ai refermé mon cahier. Mais (x-1) d’ancres n’était pas sèche et coula, emportant le navire au fin fond des souvenirs que l’on déchiffre, dans un décompte effrayant, les Y voiles disparurent, les p-4 de mâts également.
La réponse était donc évidente, noyé au beau milieu de ce problème terrifiant, les chiffres et les lettres s’emmêlant, menés par Z hommes d’équipage préoccupés, ce bateau n’accosterait jamais.

 

bateau-panier-16-gd.jpg

Commenter cet article

Elid 04/09/2011


x-1 pour les maths mais x+10 pour les rêves ...


Henri 04/09/2011


Ça change un peu des problèmes de robinets. Moi j'avais des fuites un peu partout et jamais un seul plombier pour les colmater.
Bien divertissant, cette aventure maritime improbable !


Emma HL 04/09/2011


14/20
Peut mieux faire.
Vous avez parfaitement résolu le problème, mais avec quelques maladresses, notamment avec l'emploi du passé simple vers la fin.
Vous avez du potentiel Muriel. Continuez.


Damy 05/09/2011


Il n'y a qu'en mathématiques que + l'infini et - l'infini existent. C'est poétique. Avez vous remarqué que toutes les équations sont toujours = o. Même la question de la relativité est nulle
(e-mc²= 0), non ? Alors pourquoi s'en faire ?


Anne 06/09/2011


La bosse des maths, la tête au carré et pourquoi ne pas déchirer plutôt la page du cahier, la plier, la replier encore pour faire voguer sur les flots les voiles d'un petit voilier en papier, à
défaut d'algèbre, ce sera de la géométrie...


Fygi 06/09/2011


Le style est loin d'être parfait mais j'ai adoré l'histoire.
Bravo, belle imagination !
amicalement


Solaine 07/09/2011


J'ai aimé cette croisière mathématique dans les méandres de ton imaginaire.


Josèph 08/09/2011


Bonjour,

Le texte est remarquable, juste assez long pour ne pas être court, en plus il a une fin, c'est une œuvre à part entière, une œuvre d'art évidemment.

Persévérez, vous avez un large potentiel, au moins le potentiel d'inonder les forums d'écrit indispensables.

Cordialement.


Anne-Marie 08/09/2011


Joli voyage...


Honoré 08/09/2011


Etant nul en math j'ai apprécié ta façon de jouer avec des termes qui me sont parfaitement étrangers.


Esther 09/09/2011


Ça m'épate toujours qu'on arrive à faire de la littérature avec des chiffres (comme dans La formule préférée du professeur de Y. Ogawa ; je cite le titre, ça t'intéressera peut-être...).
En tout cas, cela demande de ma part un effort de lecture, les chiffres ayant cet indubitable pouvoir rébarbatif sur moi. En l'espèce, j'ai bien aimé, notamment la fin ("Un tel imbroglio
etc.").
Pour le détail, j'ai trouvé un peu forcé pour la cause le jeu sur "d'ancres" (ou plutôt l'emploi du "d '" ). Et dans le paragraphe "Je rajoutais le p-4...", la répétition du mot "problème(s)" est
vraiment très visible. Dernière chose : dans "Pourquoi les a-t-on oubliés ?", la concordance des temps demanderait qu'on écrive : "Pourquoi les avait-on oubliés ?"


Coline 09/09/2011


J'ai une peur bleue des inconnues ....


Midnight 10/09/2011


Bonsoir,

C'est un problème de limite !
La trajectoire du bateau, sous l'effet de tous ces paramètres, se rapproche asymptotiquement du quai qu'elle n'atteindra jamais ! Une sorte de dérive ... ou de dérivée !
Je me revois en classe terminale expliquant jour après jour à l'une de mes condisciples comment ces courbes avantageuses et entreprenantes sur papier millimétré - aujourd'hui sur écran de
calculatrice ou d'ordinateur - se rapprochaient toujours plus de ces droites austères et rigides sans jamais les atteindre ... Le rapprochement entre nous fut bien réel !

Merci de ce joli texte plein de poésimétrie et de nostalgèbre !

Amicalement,


Kiki 10/09/2011


Héhé sympathique ce voyage au pays des mathématiques, moi même j'ai résolu beaucoup de pages de chiffres par des pages de mots.

Je me souviens encore d'un problème ou un archéologue coincé dans le ventre d'une pyramide devait déduire trouver la sortie parmi une centaine de porte en fonction de son arrivée et je ne sais plus
quel nombre de piliers, bla, bla.
Moi qui était archéologue dans l'âme, je n'ai pu m'empêcher de relever les incohérences du problème avant de faire partir mon archéopote à l'aventure.


Risto 10/09/2011


ha ! mon dieu , je me revois devant des problèmes avec fonctions, infinis, et moi .... sur la tangente

merci , belle construction !


Conrad 13/09/2011


Sublime!Extraordinaire mouvement d'imbrication de l'idée abstraite, nue, aux mots disant la chose qui nous revient comme la madeleine de Proust, un peu nous narguer dans notre âge vécu mais
aussitôt ressaisi par nos rêvasseries d'antan. Merci car vous faîtes rappeler à Conrad son "petit vieux au regard rond assis sur une pierre carrée", pour vous faire rire, qu'il avait donner dans un
devoir de philo ou le prof(il s'appelait monsieur Vincent)demandait une page sur une idée de quadrature du cercle. L'adolescent Conrad voulait exprimer l'idée d'une existence factice, qui n'évolue
pas. Conrad reçut pour la première fois douze sur vingt, la meilleure note...


Ratz 13/09/2011


Tu nous perds un peu dans l'algèbre en t'imposant comme limite de ne parler que sous formule mathématique, alors, qu'en tant qu'auteur tu pourrais en avoir plus à nous dire. C'est certain que les
formules mathématiques peuvent avoir leurs charmes en littérature, mais il ne faudrait pas qu'ils envahissent ton texte.


Jane 18/09/2011


Je n'ai jamais été bonne en math mais si je comprends bien .. il fera naufrage... ou bien c'est moi qui échouerai...

Merci pour ce partage


Anne-Marie 23/09/2011


J'ai horreur, mais horreur des maths. or, là, d'un coup de vent dans les voiles de votre improbable bateau, je me suis prise à les aimer beaucoup, beaucoup!


Dida 24/09/2011


Sciences mathématiques et poésie! Quelle bonne idée!


Wen 12/11/2011


l'étoffe des rêves!


Jean 12/11/2011


Il semble qu'il manque des données au problème : l'heure du départ, la force du vent, le cap, les heures des marées... bref, beaucoup trop d'inconnues, donc difficile de vous aider. Pour l'âge du
capitaine c'est : 40 ans.
J'ai bien aimé.


Le Chevalier Dauphinois 12/07/2014

Voila bien longtemps que je n'étais pas venu lire vos proses. Diantre !.... Honte j'ai.
Ce texte m'a attiré par le titre car matheux je fus dans ma prime jeunesse (il y a 800 ans bien sur). J'ai eu plaisir à découvrir la version littéraire d'une équation qui me semblait si logique.