Muriel Roland - Auteur, Ecrivain, Scenariste http://www.murielroland.com/ 2006-02-14T16:46:51Z over-blog.com Atom 1.0 Generator http://accel6.fdata.over-blog.com/99/00/00/01/img/avatar.png Muriel Roland Ecritures. Auteur pour le Cinema, le Theatre, la Litterature. Tous les textes. Roman, Nouvelle, Lettre, Piece de theatre, Scenario, Monologue... Auteur, Ecrivain, Scénariste. http://www.murielroland.com/article-5766478.html Retrouvez ici quelques textes... 2007-11-08T23:54:34Z 2007-08-04T18:52:00Z Muriel Roland http://www.over-blog.com/profil/blogueur-255974.html
. .   ...romans, nouvelles, lettres, pièces de théâtre, monologues, scénarios, poésies, écrits divers... .
http://www.murielroland.com/article-5770512.html Certains Textes mis en ligne sur ce site... 2007-08-23T12:36:51Z 2007-08-03T17:08:00Z Muriel Roland http://www.over-blog.com/profil/blogueur-255974.html
..En as-tu Mangé Van Gogh ?, Lettre à VincentAutoportraits d'un Sursis, Premier RomanPassé Simple, Monologue à MaximePour Alice, Nouvelle à AliceLes Amants Terribles, Poésie à VousLe Don Potentiel, Nouvelle à DomiL’Examen, Lettre à JBMaux d’Esprit, Scénario de Court MétrageLe 8ème Art, Lettres aux AutresCasinostreap, Poésie au JoueurÇa s’est passé comme ça, Lettre à DavidLa Mélancolie des Pierres, Pièce de ThéâtreElle Allait Voir La Mer, Monologue à ClaireL’Homme qui me plaisait, Nouvelle à l’exL’Ile AbsurDie, Scénario de Court MétrageMaris et Femmes, Monologue aux AmoureuxLes Fleurs, Lettre à ParaPigliaCinema s’ Trip – Chronique du Tournage d’un Film, Deuxième Roman
http://www.murielroland.com/article-5226223.html Cinema s' Trip - Chronique du Tournage d'un Film 2008-01-14T12:14:07Z 2007-08-02T15:24:00Z Muriel Roland http://www.over-blog.com/profil/blogueur-255974.html
Cinema s' Trip - Chronique du Tournage d'un film vient de paraître aux Editions 1 Artiste.   Il s’agit d’un carnet de tournage… "Jack est premier assistant réalisateur sur le film de Franck Krisbold pour Ator Production, ce qui n’est pas rien. Avec son regard et ses mots, il nous fait partager la vie des plateaux d’un certain cinéma français au rythme trépidant du tournage."   Vous pouvez le commander en cliquant sur ce lien:   Livre papier: 10 € + frais de port Livre PDF: 3 €  
http://www.murielroland.com/article-1967581.html Lettre à Vincent 2007-08-23T12:36:48Z 2007-07-29T10:07:11Z Muriel Roland http://www.over-blog.com/profil/blogueur-255974.html
? En as-tu mangé Van Gogh ?   Vincent je déraisonne. Il paraît que la folie te guette aussi, la mienne repart et revient, inlassable boucle d’émotions vivantes, dévorantes. Astreignantes jusqu’à la déraison. Je déraisonne. Je n’entends rien. Ni les cloches du monde, ni les corbeaux, le silence épuisant mange les bruits. Extérieurs, au centre, les cris ne cessent de retentir, rebondir et jamais ils ne sortent. Tu ne m’entends pas. Je t’emmènerais bien au bord de la Falaise, de là tu verrais les rochers en bas qui menacent, d’une innocence insolente. Ils ne s’attendent pas à ce que quelqu’un se jette et se fracasse sur leur crête, se coupe en deux. Je n’entends rien Van Gogh. Ni les vagues, ni la mer, ni le vent et pourtant Dieu sait qu’il souffle. Tu souffres. De ne pas maîtriser. La normalité te hante. Les gens à part, peut-on les séparer ? Les enfermer. La rage de savoir et de ne pas pouvoir et l’encéphale en furie, un alibi. Etoile de plafond peinte, toile maculée, araignée aliénante. Qui possède ma cervelle ? En as-tu déjà mangé aussi Vincent de cette crasse palpitante, de ces méninges dégénérées ? Les tiennes ne le sont pas. Pas encore. Ta fin est encore loin puisque le noir, le marron et le gris se mélangent, que le soleil n’est pas venu. Le ciel surveille. L’astre de vie qui tournoie. Ferme les yeux pour ne pas qu’il t’attache. Tourne lui le dos pour ne pas exploser. Mille couleurs et celle qui revient trop, souvent, et s’enfuit, et qui n’en est pas une, qui n’existe pas. Cette noirceur latente je peux la secouer. L’accepter. La regarder tout du moins. Faille béante que ni la mer, ni le sable, ni la craie ne pourront reboucher. La lumière au-dessus, par intermittence. Le long va et vient des reflux. Je connais ton vertige, Van Gogh ! La forme s’étire et l’objet se déforme. Symbolique réforme, symptomatique. Automatiques luttes, Vincent, crises d’autonomie vacillante. Amusantes ? Gâcher une chance, lente glissade, s’en donner une autre, et une autre encore et une autre. Jusqu’à ce que. Quoiqu’il advienne allez au bout des choses. Commencer, recommencer une œuvre déjà morte, posthume par excellence. Délire d'hurler tout ce que l’on veut dire, exprimer. Sans mesures. Le costume est lequel ? Mutisme partiel. Pensées en suspend, en sursis. Je n’ai pas ton talent Van Gogh. Juste ta maladie.           2004        Cette lettre cherche un interprète  
http://www.murielroland.com/article-1970191.html Monologue Maxime 2007-08-23T12:36:55Z 2007-07-18T03:16:12Z Muriel Roland http://www.over-blog.com/profil/blogueur-255974.html
Passé Simple       Max, j'ai passé une bonne soirée. Cela faisait bien longtemps que je n’avais pas vu ça. De mes yeux je veux dire. Des jeunes gens danser une nuit durant. De mon temps cela ne se faisait pas. Il y avait des bals bien sûr et quelques dîners où l’on valsait avec un partenaire, toujours le même, que nos parents avaient choisi. Que l’on trouvait gentil pour ne pas leur déplaire et que l’on épousait s’il vous tenait la main assez fermement. Oh oui bien longtemps que je ne me suis pas tenue debout pour danser, ni même sur mes trois jambes sans l’aide de cette canne qui me sert de tuteur et qui me conduit vers la fin de ma vie. Proche maintenant puisque le temps défile vite et qu’il est rare de nos jours d’atteindre les cent ans que j’ai eu cette semaine. Jeudi. Il n’y avait pas classe et pourtant la petite n’est pas venue me voir. M’embrasser. Je l’ai attendu, derrière la fenêtre guettant sa silhouette parmi les passants. C’est là que j’ai vu le jeune homme. Celui qui portait dans ses bras la couscoussière. Au début, cela m’a simplement intriguée parce qu’il n’avait pas l’air de savoir où aller. Il prenait une direction, une autre, il se trompait de route ou il ne se souvenait plus comme moi. Les trous de mémoires sont effrayants. Je t’en ai déjà parlé souvent, ils surviennent et. Je ne m’entends plus répéter les choses une seconde fois. Je t’ai dit déjà pour l’homme à la couscoussière ? Je ne sais plus. Il ne reconnaissait pas son chemin. Il marchait d’un pas hésitant en frôlant le sol pour ne pas laisser de traces de semelles sur le trottoir. Droit devant lui comme un automate. Une sorte de pantin déguindé. Il tenait dans ses bras la couscoussière. C ’était drôle. Il me faisait rire avec sa couscoussière comme ça et je me demandais ce qu’il pouvait bien y avoir à l’intérieur. Sous le couvercle. Du couscous évidemment et bien non. Ce jeune homme ne pouvait pas transporter du couscous. Il avait l’air inquiet. De temps en temps il s’arrêtait quand il avait perdu son chemin. Il allait en arrière. A reculons il retournait au point de départ. D’où il était venu. En fait je ne me souviens plus très bien à quel moment je l’ai remarqué. Je cherchais la petite. Je guettais toutes les jeunes filles aux cheveux bruns comme les tiens. Il est passé sous ma fenêtre. Juste derrière les chrysanthèmes que tu m’as apporté la dernière fois. J’aime bien tes visites. Tu ne viens pas assez souvent. Je l’ai aperçu derrière les fleurs qui glissait avec sa couscoussière. Ce qu’il m’a fait rire je t’assure ! Moi je croyais qu’il allait tomber, penché comme il était ! Elle devait être lourde à porter cette couscoussière avec ce qu’il y avait à l’intérieur. Alors quand il s’est arrêté juste là, tu penses, je me suis courbée un peu plus en avant pour regarder sous le couvercle puisque qu’il l’ôtait à chaque fois. Chaque fois qu’il se trompait de chemin il posait la couscoussière, il soulevait le couvercle. Il regardait à l’intérieur. Il avait l’air content. Comme la petite quand je lui donne de l’argent pour qu’elle s’achète des bonbons même si je sais qu’elle n’a plus l’âge maintenant qu’elle est maman. J’ai voulu me lever mais je suis retombée en arrière, plusieurs fois. Impossible de me mettre sur mes jambes pour voir le jeune homme à la couscoussière. J ’ai dû arracher les fleurs. Au début je n’ai retiré que les têtes mais ça n’a pas suffit. Je les ai déplantées, il faudra m’en remettre d’autres. C’était plus gai avant. Je voyais un peu de couleurs puisque tu as eu la bonne idée de ne pas les avoir choisi blanches, comme celles de mercredi dernier. C’est en tirant sur une tige que le pot a glissé. Les racines refusaient d’être déterrées, elles ne lâchaient pas prise, j’ai dû secouer un peu trop fort et le pot a chuté. Et ça a fait un bruit incroyable. Un fracas terrible. Tu aurais entendu ça ! D’ailleurs les passants se sont tous arrêtés. Tout le monde se demandait ce qui avait causé un raffut pareil et moi je savais ce que c’était. C’était mon pot de fleurs. Je ne pensais pas qu’un pot de fleurs puisse faire autant de bruit en heurtant un trottoir même du dernier étage. Même si c’est très haut. Plus personne ne vient me voir à cause de ça. Autant d’escaliers à grimper décourage. Il faut être vigoureux pour venir jusqu’ici. Moi de toute façon je ne peux plus ni monter ni descendre. Je reste là. Et toi tu viens. Tu fais semblant de m’écouter. Si, tu fais semblant je le vois. Tu penses à ce jeune homme de l’autre soir qui a dansé à côté de toi. Parmi tous ces jeunes gens il n’y avait que lui que tu regardais. La musique était un peu forte mais ça m’a fait du bien d’entendre autre chose que le silence et le bruit de la rue. Ce pot de fleurs quelle résonance formidable ! Un vacarme ! J’avais la place pour passer la tête entre les barreaux de la rambarde puisque j’avais retiré les fleurs et que leur pot n’était plus là; et j’ai vu qu’il était tombé dans la couscoussière. L ’homme avait soulevé le couvercle, et le pot a atterrit dedans. Peut-être qu’il a cassé quelque chose. Certainement. Et bien le jeune homme a simplement refermé le couvercle et il est repartit emportant sa couscoussière à bout de bras, qui pesait bien plus lourd à cause de mon pot nécessairement, sans même en paraître perturbé. Il devait être complètement sourd puisque moi-même j’ai entendu le bruit de mon pot, et puis aveugle aussi. Pour ne pas s’apercevoir que quelque chose était entré dans sa couscoussière à la place de ce qui d’habitude s’y trouvait. Il a reprit sa route, qu’il ne trouvait toujours pas. Tu veux un biscuit ? Tu me les as apportés lundi et tu vois, il n’en reste presque plus. Ma gourmandise me perdra. Quelle connerie. Je préfère mourir la bouche pleine de friandises. Ce sera pour bientôt tu verras. Quel jour sommes-nous déjà ? Mardi ? J’ai dû exagérer. De toute façon il ne sert à rien de s’astreindre maintenant bah. L’homme à la couscoussière est repassé. A force de revenir sur ses pas. Il a posé sa couscoussière, il a soulevé le couvercle et là j’ai pu voir à l’intérieur puisque je l’attendais. Mais j’étais trop loin. C’est haut tout de même le dernier étage. Il faut en gravir, des marches, pour venir me chercher. Ou plutôt me trouver puisque je ne peux être nulle part ailleurs qu’ici. Sauf en bas. Si je sautais par la fenêtre pour remplir la couscoussière à la place des fleurs que je lui envois. Je ne suis pas très adroite. La dernière fois certaines se sont écrasées sur le trottoir, il me semble, à moins que ce ne soit la pluie. Peut-être que l’une d’entre elle lui est parvenu je ne sais pas, je n’ai entendu aucun bruit. Autre que celui de la rue où les passants passent à l’infini. Il faut que je guette la petite. Elle ne devrait plus tarder. Son fils va bientôt se mettre en ménage avec une jeune fille plutôt gentille, qui ne parle pas beaucoup mais je ne l’ai jamais rencontrée. Il paraît. On m’a dit. J’ai cru comprendre. Tiens regarde, le voilà. Il n’a toujours pas trouvé sa route, tu le vois là avec sa couscoussière ? Cette fois je vais lui lancer un biscuit. Peut-être qu’il aime. Vendredi il n’a pas refusé mes chocolats en tout cas. Tu vois comment il fait. Hop il soulève le couvercle, il regarde à l’intérieur et qu’est ce qu’il y a ? Dis-moi toi qui es grande ! Il lui ressemble hein ? A celui de l’autre soir à côté de qui tu dansais. Je pourrais lui jeter quelque chose qui t’appartienne pour qu’il sache où tu es mais il sait. J’ai compris son manège, tes visites, ces fleurs, ces biscuits, ces chocolats, toi qui n’es pas venue depuis si longtemps ma petite, comment t’appelles-tu déjà ? Je n’ai jamais aimé ton prénom alors j’essaye de ne pas m’en souvenir. Parce que plus tu vas loin dans l’existence et plus le passé te semble beau. Les mauvaises choses se transforment et finalement il n’y a plus que de belles choses qui restent. Le passé devient le présent et le présent n’a plus que le goût de ces biscuits qui décidément sont trop sucrés. Reste la mémoire lorsque la tête le permet. Ça me fait très plaisir de te voir. Tu reviendras dimanche pour la fête, avec tous tes amis ? Ces jeunes gens qui dansent me réjouissent, et puis je commence à me lasser de cette couscoussière et de ce qu’elle contient. J’ai déjà tout imaginé, plus rien pour me surprendre. Il faudrait qu’il parte, qu’il retrouve sa route ce jeune homme maintenant. Depuis plusieurs mois qu'il arpente ces trottoirs et que je lui donne mes rêves. Je pourrais lui indiquer le chemin mais je ne sais pas s’il m’écoutera. On écoute rarement les vieilles personnes qui répètent sans fin les mêmes histoires. Pour meubler les silences. Pour oublier la consternation et l’inquiétude, la lassitude. Pour ne pas voir couler les larmes des yeux de ceux que l’on aime et qui ne comprennent pas encore à quoi sert une couscoussière. Dimanche 2 novembre 2003  
http://www.murielroland.com/article-1881748.html Roman Autoportraits d'un Sursis 2007-10-09T19:05:55Z 2006-12-28T00:45:00Z Muriel Roland http://www.over-blog.com/profil/blogueur-255974.html
        "Voici mon roman. Il devait culminer à deux cent quatre vingt pages, pour faire sérieux. Il en a cinquante neuf, c’est mieux que vain. L’histoire. Ben c’est toujours pareil, la mort, la vie et tout ce qui va avec. Voilà. Que dire de plus. Ah il est écrit en français –je dis ça pour la traduction future- si ça nécessite de passer les frontières. Il ne devrait pas être trop coûteux. Pour la parution, au vu du nombre de mots absents, et tenir facilement sur un carnet transportable dans tous les lieux communs. Le genre de littérature, je veux parler de la classification, de l’étagère sur laquelle il sera entreposé. Si vous avez quatorze ans et demi il vous paraîtra chiant fatalement, je vous laisse trouver pourquoi. Si vous en avez trente vous direz qu’il ne vous cultive pas, à quarante c’est pire, à cent vous seriez choqués. Comme quoi. Il y a plusieurs lectures possibles, et il se peut que vous le pensiez profondément con, je ne vous cache pas qu’à moi aussi ça m’est arrivé. Par contre, s’il vous fait rire c’est que vous êtes atteint de ma folie. Normalement. Et à ce moment-là vous le croirez presque raisonnable."           « Autoportraits d’un Sursis »  ROMAN   Un petit livre entre anticipation et surréalisme. L’histoire d’une ville en sursis et de ses habitants. - Le Jeu d'Athénagor -     *   Résumé de L’histoire Athénagor et les Autres vivent dans un monde où le jeu est une monnaie d’échange, où les Cérémonies des Fleurs se transforment en pugilat, où les Sentinelles courent derrière les habitants après leur mort et où le Cloisonnage de l’Esprit fait office de solution. Un monde fou qui ne tourne plus tout à fait rond, une foultitude de personnages bariolés qui se croisent et se perdent, tous sursitaires dans leur vie et dans leurs attitudes à travers le récit d’une ville qui bascule dans le désarroi face à l’imminence d’une coupure d’eau.   *       Début du Roman « L’Hydrolice venait d’annoncer une coupure d’eau. C’était la troisième fois ce mois-ci. Elle aurait lieu à midi, heure locale. Aucun renseignement quant à sa durée n’avait été donné. Les Activateurs avaient reçu une circulaire que chaque habitant se devait d’accepter. Age, nom, fonction. Formulaire à retourner instantanément sous peine de graves sanctions. L’Hydrolice y spécifiait qu’elle se déchargeait de toutes responsabilités en cas d’évènements malheureux, et toute plainte portée postérieurement à l’heure de la signature resterait inécoutée. Il était vivement conseillé d’éviter tout incident durant la coupure. Nul ne devait prendre de risques, tomber malade, s’égarer ou se faire tuer. Les Secours de l’Organisme n’interviendraient pas. La Garde de la Liberté non plus. Tous les services du Gouvernement du Monde seraient interrompus puisque l’eau ne serait plus distribuée. Une campagne d’information de grande envergure avait été lancée et un nombre impressionnant d’Affiches s’étalait sur les murs. L’Agence du Marché qui détenait le monopole de la communication avait vivement souhaité renouveler son message. Elle ne voulait plus du jeune homme aux muscles charismatiques, qui de son rictus cyclonique ravageait les cœurs sensibles des villes, puisqu’il était dangereux. Pourtant le jeune homme se contentait de tenir des ciseaux, mimant le geste de couper hypothétiquement ce qui ressemblait à un Lavoir, un Réservoir ou à une Plage, de sorte que l’on ne savait pas très bien ce qu’il faisait semblant de couper, mais il le faisait avec un tel contentement que son apparente bonne humeur se propageait à l’âme des habitants. Ainsi chaque personne qui pensait à la coupure d’eau se souvenait immédiatement de lui et l’idée même de cette coupure devenait supportable. Presque agréable. Les habitants ne voyaient pas le danger. Ils se disaient « Tiens, il ne va plus y avoir d’eau » et ils buvaient le bellâtre en pensée. Il y avait eu des accidents, graves. Mille neuf cent trente-deux morts avaient été recensés et d’innombrables abîmés en tout genre avaient dû être soignés à la suite de la dernière coupure. Le jeune homme était en conséquence très certainement la cause directe de cette hécatombe, néanmoins il était si charmant que l’Agence du Marché avait longtemps hésité à se séparer de lui malgré les nombreuses catastrophes survenues par sa faute. Heureusement, le silence immuable des muscles avait fini par lasser et l’on avait enfin pu le remplacer. Le Monde fût alors envahi par l’image d’une jeune fille blonde au sourire faussement angélique que prolongeait un regard d’une innocence improbable, se répandant de ville en ville telle une rumeur égrillarde. Elle aussi faisait semblant de couper (l’Agence du Marché souhaitait garder cette explicite métaphore) mais les objets étaient maintenant identifiables par tous. La mignonne menaçait de ses fameux ciseaux un Grimoire, un Cailloumobile, un Activateur, un Litémouvant, enfin, tout ce qui fonctionnait avec de l’eau, pour signifier que l’on ne pourrait pas se servir desdits objets jusqu’à ce que les conduits soient rétablis. La jeune fille sous son impassible douceur laissait poindre un zeste de machiavélisme, juste assez pour inquiéter mais pas trop. Il ne s’agissait pas non plus d’affoler la population mais plutôt de l’inviter à la prudence. Et puisque la jeune fille ne suscitait pas comme le jeune homme une fascination démesurée car sa beauté était des plus banales, les habitants pouvaient facilement l’identifier comme l’une des leurs et avaient pour elle presque peur, qu’elle continue de se servir de ces objets alors que la coupure menaçait… »   *       Fin du Roman […] Bija ne resterait pas très longtemps auprès des Dissidents puisque son exemplaire reconversion rayonnait au sein de l’Onju. L’année finissante verrait son Etage enrichi d’un autre supplémentaire, confirmant pleinement son intégration et son acceptation au sein de Varanville. Après quelques années d’errance il avait incorporé la vraie vie et son irréprochable conduite ainsi qu’un sérieux engagement lui avait conféré le statut d’habitant. Il ne se sentait pourtant pas à sa place. Nulle part d’ailleurs dans ce Monde. Les frontières établies ne correspondaient pas aux siennes, et au cœur du campement, il cloisonnait les effluves de Dissidence qui végétait en lui, tout en regardant inquisiteur et inquiet ceux qui en survivaient encore.          Ce roman vient d'être réédité aux Editions 1 Artiste Vous pouvez le commander en cliquant sur l'image:
http://www.murielroland.com/article-2832565.html Lettre aux Autres 2007-08-23T12:36:47Z 2006-08-18T02:38:31Z Muriel Roland http://www.over-blog.com/profil/blogueur-255974.html
Le 8ème Art     Avec ce qui lui restait d'argent, Harry-Torenne-Varan acheta des Comédiens.    15 juillet 2002
http://www.murielroland.com/article-3423548.html Nouvelle pour Alice 2007-08-23T12:36:44Z 2006-08-17T00:46:42Z Muriel Roland http://www.over-blog.com/profil/blogueur-255974.html
  Il faudrait savoir donner des raisons et à défaut de les expliquer au moins de les comprendre C’est surtout la nuit. Quand je m’allonge auprès d’elle. Que je sens son petit corps chaud contre moi, palpitant de vie, piaffant de rêves. C’est toujours son odeur qui me guide, sa respiration sourde, ses boucles dorées qui crissent sous mes doigts et que je repousse doucement plus loin sur l’oreiller. Lorsqu’elle se blottit sagement au creux de mon ventre sans quitter le sommeil. Que je la sens proche, si proche que les battements de mon cœur épousent les rythmes du sien. C’est surtout la nuit, gorgée de silence, que je pose mes lèvres avides le long de son petit bras frêle dont les effluves me tournent les sens et me plongent dans l’extase infinie. La nuit, vibrante de larmes contenues où les cris de douleurs deviennent de chastes murmures , la nuit remplie de paix, de nos chairs qui se retrouvent dans un ensemble parfait pour noyer de repos nos âmes chavirantes et qui ne se quittent plus jusqu’au petit matin. C’est surtout la nuit que l’amour se soulage, qu’il est plus grand que tout, que la peine s’effondre que la peur s’amenuise, que je ferme les yeux de délices, oubliant le désarroi, le supplice, de l’absence, du manque. Je me sens pleine, heureuse, sereine et je suis bien. Le réveil sonne et je me glisse sans bruit hors du lit. La tête me tourne un peu, quelques cauchemars subsistent. Les persiennes filtrent le soleil et dans la pénombre je retrouve la fermeté du sol, je marche à tâtons le pas engourdis et l’estomac lourd de remords jusqu’à la porte de la chambre pour me saisir de la poignée. - Maman je voudrais mon petit déjeuner s’il-te-plaît. Je me retourne, elle est assise. - Mon bébé tu ne dors plus ? Je reviens vers elle pour la prendre dans mes bras, la serrer fort, repousser les mèches sur son front et appliquer le plus tendre des baisers. - Tu n’as plus sommeil ? Elle se lève et la pièce résonne de ses petits pas sautillants, elle me prend par la main, ouvre la porte en esquissant un bâillement et trottine jusqu’au palier. - Je voudrais du lait mais pas de chocolat. Dans un bol avec une paille. Elle m’attend de pied ferme en bas de l’escalier. Je vais essayer de trouver ça. Le réfrigérateur est plein de victuailles, du lait il y en a. De la nourriture pour plusieurs jours. - Tiens ma grande assieds-toi. Bois mon ange, bois en toute quiétude. Prend ton temps, réveille toi. J’attendrais jusqu’à ton premier sourire pour te parler. Te donner le programme de la journée, répondre à tes questions peut-être. Je me fais un grand café, noir, fort et je te regarde manger. Les larmes montent mais je m’interdis de les faire couler devant toi. Bois mon ange, ne t’occupe pas de moi. Je suis là près de toi, je suis ta mère, à tes côtés et je veux juste t’entendre respirer. On frappe à la porte, je sursaute, je frémis. Immédiatement je plaque un doigt sur mes lèvres en regardant ma fille avec de grands yeux ronds. - C’est qui Maman ? - Surtout ne dis rien, viens par-là. Je chuchote à son oreille et je la tire par le bras vers une pièce au fin fond de la maison. - Mais qui c’est maman qui tape à la porte ? Des coups résonnaient de nouveau. - Je ne sais pas ma puce. Mais il ne faut pas qu’il nous entende… - Est-ce qu’il est très méchant celui qui tape à la porte ? Probablement. Je mène ma guerre pratiquement toute seule, tous les autres sont des ennemis potentiels, celui qui frappe et tous les autres tu m’entends. - Oui Alice, il est très méchant. Elle me sert fort dans ses bras en écarquillant ses grands yeux noirs l’air soucieuse. - Tout va bien, je suis là… Le méchant va partir. Quelques secondes de silence et le bruit de la grille qui claque. Nous sommes seules. - Mais qui est-ce qui tapait à la porte Maman ? Personne. Peu importe. Il ne faut pas que l’on sache que nous sommes là. Je préfèrerais mourir que de me rendre. - Viens Je lui tends son bol de lait et un sourire réconfortant. - Peut-être que c’est seulement le facteur… - Alors pourquoi tu n’ouvres pas ? - Je t’ai déjà expliqué mon amour. Je t’ai déjà tout dit hier soir… - Il ne faut pas que l’on nous trouve c’est ça ? - C’est ça ma fille. Tu veux un gâteau ? Elle secoue la tête, me regarde un instant, ravale sa question et part sur la pointe des pieds pour se mettre à jouer avec quelques papiers qui traînent. Elle ne s’ennuie jamais. Et moi non plus en la regardant. On pourrait vivre comme ça. On pourrait vivre de ça. Si tu savais Alice tout le parcours qui nous attend. Si tu savais ce que ce jour nous réserve et demain… à supposer que le soleil se lève encore pour nous. Que nous serons encore vivantes. Hier après-midi il pleuvait. Je suis arrivée assez tôt, juste au moment où la porte s’ouvrait, au milieu de la foule je me frayais un chemin. J’ai grimpé les deux étages rapidement, j’ai attrapé ton gilet au portemanteau et j’ai passé le seuil de ta classe. Un clin d’œil. Ton visage s’est éclairé de joie. Tu as couru vers moi. La maîtresse a relevé la tête, elle me connaissait déjà, elle t’a donné un dessin et nous sommes descendues en trombe. Tu sautillais en me prenant la main. - Maman, Maman je suis contente de te voir ! Tu me réclamais de t’embrasser. Je t’ai prise dans les bras et j’ai couru, couru, couru, tourné au coin de la rue jusqu’au bus qui nous a enlevé plus loin. - Pourquoi c’est pas dada qui vient me chercher ? - Il n’a pas pu… On va rester quelques jours ensemble, c’est bien non ? Elle a hoché la tête avec un grand sourire, m’a réclamé un croissant et nous avons roulé en silence. Je ne l’avais pas vu depuis deux longs mois, depuis la dernière visite au foyer des tulipes. Depuis ces cruels sanglots qui résonnaient dans l’espace. De ses cris lorsqu’ils nous ont séparé. J’ai pleuré toutes les larmes de mon corps et du sang aussi, de mon nez, de ma bouche, de mon ventre. On me retirait tout ce que j’avais, ma vie mon enfant. - Allons allons calmez-vous, prenez ça… Et j’avalais ces comprimés de fortune pour pouvoir fermer les yeux et dormir. Pour oublier la douleur de la perte. A chaque fois qu’elle s’en va, je sens que je meure un peu plus. - Après on prend le métro ? - Non ma puce, on ne va pas à Paris. Ils nous attendent tous à Paris, peut-être que la police est déjà sur place, peut-être que tout le monde s’inquiète. - On va à la Grange aux Cercles J’ai dit sur un ton mystérieux et avant qu’elle ne me demande ce que c’était que la Grange aux Cercles j’ai voulu qu’elle me raconte sa vie, l’école, est-ce que ça va bien. Elle ne s’est pas faite priée et elle continuait toujours de jacasser quand nous avons pris le train, un autre bus, puis elle s’est déclarée fatiguée et s’est assoupie dans mes bras. Il était tard lorsque nous sommes arrivées. J’avais téléphoné la veille à Mara pour lui annoncer ma visite. - Je serais avec Alice que tu ne connais pas. Elle ne savait pas que j’avais un enfant. Il faut dire que je n’étais pas revenue depuis près de vingt ans et que bien sûr elle m’a trouvé changée. Quelques rides et le visage plus grave aussi. Il faisait nuit quand le dernier bus nous a déposé et de là j’ai marché avec la petite sur mes épaules, je baissais la tête lorsque les voitures nous croisaient, je ne voulais pas que l’on se souvienne de mes traits dans quelques jours, lorsque les recherches se feront plus pressantes. Mara n’a rien dit. Elle a ouvert la porte et s’est approchée d’Alice, l’a regardé sous le nez, a fait de même avec moi. - Entrez donc, il fait un froid ce soir. Le feu de cheminée crépitait et une loupiotte éclairait faiblement l’autre coin de la pièce. Les volets étaient clos. - Je vais me coucher. Il y a tout le nécessaire pour vous deux là-haut. Nous nous verrons demain. Bonne nuit. Faîtes comme chez vous. Et c’était tout. J’avais dis « écoute Mara ne me pose pas de questions… Ce que je vais faire c’est mal mais tu me connais je t’expliquerai tout quand je serais chez toi je te le promets ». Et lorsqu’elle a vu Alice de ses deux bras m’entourer la taille dans un retentissant « je t’aime Maman» elle n’a pas éprouvé le besoin d’en savoir plus sur l’instant. - Ma puce ma puce je suis si contente d’être avec toi ! Et c’était vrai. J’avais l’humeur joyeuse malgré les circonstances. - Qu'est ce que tu veux qu’on fasse aujourd’hui. Tu veux aller voir les chevaux ? - Oh oui oh oui mais est-ce qu’ils sont grands ? - Je ne sais pas. Mets tes chaussures. Il a l’air de faire beau c’est une chance. Et nous sommes sorties dans le jardin, par la porte de derrière. Une pelouse immense pleine d’arbres robustes, un potager. Je lui prends la main et nous empruntons le chemin. L’herbe est toute mouillée de la veille. Le vent est frais et ça sent bon la nature flottante. Tout au bout après la grande barrière on aperçoit le garrot d’un cheval qui déjeune. Les autres sont un peu plus loin. - Oh il y en a un petit aussi ! - Oui, tu vois un peu comme ils le protègent… - Comme toi avec moi parce que je suis un enfant ! Oui ma fille je te protège puisque tu es un enfant. Mon enfant. Et que je suis adulte. Enfin pas entièrement. Le psychiatre a dit que j’étais fragile. Ce doit être vrai. Et alors, est-ce que cela m’empêche d’élever un enfant normalement ? Apparemment, à moins qu’il n’y ait autre chose. Je suis partie de la clinique hier matin. J’ai fais mon sac et Mathias m’a demandé où j’allais. « Chercher ma fille » et je lui ai donné les deux livres que j’avais terminés. Il avait l’air content. - Pas un mot hein ? Il était fier de pouvoir garder un secret, que je lui fasse confiance après deux mois à partager la même souffrance. J’ai attendu un groupe de visiteurs et je suis sortie avec eux. Il faisait froid pour un matin d’avril. Je suis passée à la banque pour prendre avec moi tout l’argent que j’avais. J’ai erré dans les rues en attendant mon train, pour aller chercher la petite à l’école. Des jours et des jours que je ressassais tout cela dans ma tête. Ma première pensée du matin jusqu’à celle du soir, il faut dire que je n’avais pas grand-chose d’autre à faire. Des journées à tourner. Les derniers temps j’écoutais de la musique, cela faisait renaître en moi des sentiments que les médicaments étouffaient. - Dis Maman, on a le droit d’être ensemble maintenant ? Maman le prend ce droit ma fille. Maman a décidé toute seule. Maman n’en peut plus de toutes ces histoires, de ne plus entendre ta voix. De ne plus te serrer contre elle, de ne plus entendre ton rire et de s’endormir sans t’avoir dit bonne nuit. Maman n’en peut plus qu’on lui lave le cerveau, qu’on le baise. Que c’est pour ça qu’il est dans cet état-là. D’être séparée de sa raison, de vivre sans toi. Maman ne sait plus qu’une seule chose c’est que tu es la chair de sa chair et que dorénavant sans toi Maman n’ira nulle part. Plus rien n’existe à part ça. Juillet 2006               
http://www.murielroland.com/article-3042992.html Lettre à Vous 2007-08-23T12:36:53Z 2006-08-16T02:22:14Z Muriel Roland http://www.over-blog.com/profil/blogueur-255974.html
         Les Amants Terribles  Je suis passée vous voir sans penser vous trouver là Au hasard de mes pas Je suis arrivée jusqu’à vous sans oser m’approcher, Je vous ai regardé Dormir, sans paix. Les oiseaux se sont tus, je retenais mon souffle, mes prières. Pourquoi ont-ils fait cela ? Est-ce vous, les autres ? Cette révolte. Cette colère. Alentour j’entendais les saluts, La joie de certains et l’ennui aussi, les chahuts. Chacun chez soi, Seul ou en famille depuis des siècles, des années, quelques mois. Il y avait des fleurs mais pas pour tout le monde, Des visites, quelqu’un agenouillé, un autre qui se pressait, Le silence à la ronde Un arrosoir plein d’eau Quelques photos. Je m’expliquais les vies, ce qu’elles avaient pu être, Peut-être J’en complimentais deux - trois qui avaient vécu longtemps Qui avaient souffert plus que d’autres Forcément. Je les ai appelé, hep vous autres ! Savez-vous ce qui se passe chez nous en ce moment ? Voyez-vous toutes ces guerres inutiles, Ces victimes inutiles, Vous tous sous vos monuments. Des listes de noms, sans causes Tous les âges, tous, de toute façon alors pourquoi précipiter les choses ? Les alignements Sous le soleil éclatant Sous les ombrages des arbres, ce silence apaisant J’aime parler dans cet endroit, plaisanter Et j’espère un rire, un sourire, J’aime marcher Et vous lire A travers quelques dates, quelques plaques laissées Là pour la mémoire, pour la gloire, à perpétuité. Il y a des chapelles et un trou commun Pour ceux dont on ne sait rien. Je suis arrivée jusqu’à vous et j’ai imaginé l’horreur La peur Ma peur m’empêchait d’avancer plus loin. Je n’ai pas osé passer Devant vous l’air de rien La pierre était fêlée. Je me promenais innocente et j’ai levé le regard, baissé la voix. J’ai senti qu’il ne fallait pas. Il y avait une tête de marbre, éclatée. Il y avait une statue, balayée. Il y avait le toit qui s’écroulait et le granit déchiré. Cette tombe était en larmes, En drame J’ai vu vos yeux menaçants qui m’interdisaient un mot, un pas de plus, J’ai entendu votre rage, je me suis tue Le sol se serait ouvert si j’avais osé Vous braver. J’ai entendu : n’avance pas ! Ne viens pas. Ta gueule. J’ai entendu : qu’est ce que tu fais là ! Tu ne comprends pas Toi non plus. Pour qui te prends tu A nous imaginer comme ça Tu ne connais rien de nous, tu ne sais pas, N’avance pas. J’ai vu la ferraille plantée dans vos cœurs, vos visages fous et vos lèvres crevées, Vos ossements séparés. L’un à côté de l’autre, dans deux cercueils, séparés. Une petite fille courait dans les allées, N’y va pas ! N’approche pas, Ils ne veulent pas. Ils sont debout, Devant nous N’approche pas. Ils nous tiennent en respect au bout de leurs lances, Ils font la guerre depuis qu’ils sont enterrés là, Comme ça. Ils me parlent, je recule, ils s’avancent. Va t-en toi, petite fille, plus loin, Va dire bonjour aux enfants le long du chemin, Montre leur ce qu’est la vie à sept ans, Ce que c’est d’être vivant A cet âge, certains ne savent pas. Moi je reste là. Je fais face Même si la peur m’enlace, Même si je pleure De terreur. Je comprends. Ils me disent, tu vois, notre amour n’était pas possible, Impossible Personne n’a voulu, Nous n’avons pas pu, Nous l’avons fait quand même. Tu vois ce qui arrive Lorsque l’on se croit libre Que l’on fait ce qu’on veut Qu’on s’aime Alors qu’on ne doit pas. Qu’on joue avec le feu. Ils nous ont mis ensemble, ils n’ont pas pu faire autrement. Nous l’avions dit, Nous l’avions écrit, On les a obligé. Nos corps enlacés quand ils nous ont retrouvé. Ils le savaient pourtant. Et toi Puisque tu es là, Encore, puisque tu nous écoute Crier de l’au-delà Ecoute. Nous avons gratté la pierre à main nue Pour pouvoir nous toucher. Nous avons soulevé l’alcôve avec nos pieds Nous avons hurlé Pour réveiller les autres, qu’ils sortent la nuit pour nous aider Personne n’a pu. Ils ont scellé nos sarcophages, d’acier, A l’un et à l’autre et cette barrière Tu vois est plantée Dans la terre Elle est en fer rouillé Jusqu’à 10 mètres au moins de profondeur et nos cœurs saignent depuis 90 années. Nous ne pouvons plus nous embrasser. Tu vois ce qu’ils ont fait ? On voulait être ensemble pour l’éternité, Ils nous ont séparé. Alors avance maintenant et dis nous Dis nous Que tu regrettes cette inhumanité. Comprends que nous ne cesserons jamais de crier Pour que l’on sache, que personne ne recommence jamais. Approche toi de la tombe, De nos tombes Et sculpte dans la pierre Grave jusqu’à la terre Creuse dans nos âmes, dans nos plaies : Malgré vous, Malgré tout, Ces deux là s’aiment à tout jamais.              Belleville, dimanche 4 juin 2006, 15h30      
http://www.murielroland.com/article-2232744.html Nouvelle à Domi 2007-08-23T12:36:44Z 2006-08-15T03:27:57Z Muriel Roland http://www.over-blog.com/profil/blogueur-255974.html
Le Don Potentiel       Il devait avoir un don. Du genre à exploiter, absolument. Il l’avait découvert par hasard. Enfin, en faisant l’énumération de tout ce qu’il lui semblait possible de faire. Pour lui un don, c’était un art, forcément. Et il s’était essayé à peu près à tout et jusque là rien n’avait été vraiment concluant. Et puis soudainement, en griffonnant sur un coin de table, dans un jardin qu’il fréquentait quelque fois, il s’était mis à croquer les passants et puis les arbres et quelques bancs, et, ravi, en avait conclu qu’il y avait là une sorte de potentiel. Ces esquisses étaient assez ressemblantes, suffisamment pour lui donner le courage d’affirmer qu’il savait dessiner. Alors, lorsqu’ il vit une affiche au coin de la rue des coloquintes où il était question d’un concours de peinture, il eut immédiatement l’envie de s’inscrire ce qu’il fit, content de pouvoir explorer son nouveau don. Il arriva muni de tout un matériel, flambant neuf, et s’assis, piaffant d’ardeur derrière son chevalet. Le thème imposé était « la pluie » et il fallait œuvrer sur le sujet. Pourtant il y avait une courge, posée sur un socle, au centre de la salle. Mais concentré, il sortait ses pinceaux et ses craies, quelques tubes et ébauchait une réflexion sur la pluie, songeait à ce qu’elle évoquait. Immédiatement un poème lui vint à l’esprit et il se mit à réciter les vers, d’abord dans sa tête, pour lui-même, et puis, content de se souvenir du texte entier, se mit à déclamer, fortement et à haute voix au beau milieu des peintres furibonds qui imploraient le silence. Rosissant de son emportement, il rêva à la femme qui courait sous la pluie, et il griffonna Barbara telle qu’il l’imaginait. Puis il s’éloigna un instant pour contempler son ouvrage. Nuancé quant à la qualité du dessin mais attendri par cette femme ruisselante et malgré tout souriante, il s’attacha sur-le-champ à lui peindre un vêtement pour la couvrir, à cause de la pluie. Et plus l’ondée se faisait abondante, plus il grossissait les couches du manteau, pour l’abriter de l’eau qui débordait. Il peignait la pluie, la femme et l’imperméable avec une telle facilité que cela tenait du miracle. Et tout à sa composition il jetait de temps à autre quelques regards inquiets à son voisin qui lui peignait la courge. Mais à force de couvrir et de recouvrir sans cesse Barbara, elle disparût. Lorsqu’il eut terminé il resta immobile, perplexe devant son barbouillage. D’abord cette femme qu’il ne connaissait pas, et ce porche sous lequel celle-ci s’abritait qui prenait toute la place et le ciré qui la cachait tout à fait. Et puis cette pluie grise qui venait figer l’ensemble. C’était d’une laideur infinie, d’une platitude certaine. Il n’aimait pas cette toile, mais l’heure de fin était proche, le temps lui manquait de tout recommencer. Désemparé, il posa crayons et pinceaux pour déambuler un instant dans la salle, considérant le travail des autres qui pour la plupart peignaient des courges. Il vit des forêts de courges, d’énormes et de minuscules courges, quelques gouttelettes et il trouvait ça bien. Mieux que lui en tout cas, que ce qu’il avait fait. Il n’avait pas sa place dans ce concours. Lui-même avait échoué, maudit don potentiel, il n’en était donc rien. Il tint la femme pour responsable et subitement pris d’une magistrale colère il projeta ses tubes sur la toile, broyant les couleurs fougueusement jusqu’à ce que celles-ci crachent tous leurs pigments, leurs matières, il lâcha ses pinceaux et étala la pâte à même la main, en regardant la courge. Une autre femme apparût, au centre, à travers les gouttes, mais non, c’était bel et bien la même. Elle avait la figure triste mais tant pis. Etrangement l’ensemble faisait un tableau presque joli en tout cas fortement émouvant. Il était subjugué par ce qu’il venait d’accomplir. Il n’en croyait pas ses yeux. Tout cela ressemblait enfin à quelque chose et confiant, il alla porter son tableau. Au milieu des autres peintures représentant des courges, on ne distinguait que la sienne, éclatante de mille couleurs et déjà le jury s’extasiait, se rapprochait de la toile commençait à s’interroger, à s’emballer puis à le complimenter. Son don potentiel était donc bien un don réel. Il venait d’accomplir une œuvre majeure, il en était certain et refusa de la laisser là. Et il s’enfuit du concours avec sa toile sous le bras et la courge aussi, au cas où. Son don potentiel à exploiter il allait montrer de quoi il était capable. De retour chez lui il ne se lassait pas de contempler la femme, de l’admirer. Il l’accrocha dans son salon au-dessus du sofa, confortablement installée là. Il lui parlait, lui prédisait une belle vie, tous les deux ensemble. Lui peindrait, facilement puisqu’il avait un don et ils s’offriraient un jardinet où tout y pousserait, sauf des courges. Il la trouvait belle cette femme, sa femme, belle mais triste cependant, à cause de la pluie certainement, alors il voulut sécher ses larmes, arrêter cette pluie et lui peindre un sourire. Et il se remit à la tâche, à l’aide de ses couleurs par-dessus, et le tableau finalement ne ressemblait plus à rien. Il tenta maintes et maintes réparations sans succès. Il rappela à l’ordre son don potentiel qui en cet instant là lui faisait défaut. Mais rien de rien. La toile était fâcheuse. Certes la femme souriait mais était-ce suffisant, pour une œuvre majeure, surtout pour une œuvre majeure ? Même les gouttelettes s’étaient transformées, semblables maintenant à des petites courges. Une pluie de courges, à peine ressemblantes qui plus est. Les jours suivants il essaya et ressaya encore, ne faisant qu’enlaidir davantage le tableau. Alors il prit une autre toile et il recommença. Mais il ne fit que recopier ce qu’il avait déjà fait. De bien pâles reproductions. Et cette femme qui revenait tout le temps, et qui souriait, c’était infernal ! Tiens, il la transforma en courge pour lui apprendre. D’ailleurs elle n’était pas si mal cette courge. Finalement il avait bien un don. Il avait un don pour les courges, mais il ne voulait pas d’un don pareil, de quoi aurait-il l’air ? Il se sentait misérable. Il n’arrivait à rien. Alors il décida de passer à un autre sujet. Et chaque nouveau sujet lui rappelait un poème qui lui rappelait une femme, et c’était toujours la même qui revenait. Il tenta maint et maint thèmes, tels que la nuit, la vie, le cri, et chaque fois ses toiles se ressemblaient. Et en plus cette même femme au maudit sourire figé qui enlaidissait la toile ! Même dans les monochromes elle apparaissait, là, derrière. Sur chacun des tableaux qu’il entreprenait. Sauf une fois, quand il s’est mis à peindre des courges. Mais il ne voulait pas peindre des courges toute sa vie. Il préférait chercher un autre don potentiel que celui-ci qui l’obligeait à peindre des courges. Il décida de retourner au concours, à cause des sujets imposés. Puisque cela ne viendrait pas de lui, cette femme disparaîtrait pour de bon, elle et son sourire mauvais. Il s’y rendit avec le portrait de la femme, celui de son premier tableau. Pour s’en libérer de cette femme, une fois pour toute, pour la rendre, puisqu’ils en avaient voulu. Et puis cela tombait bien parce que le sujet c’était « une femme » et qu’il avait déjà la sienne. Il entra, et la déposa simplement mais le jury n’en voulait pas. Il voulait qu’il peigne sur place. Alors il posa calmement sa toile sur un chevalet et simplement il peignit une courge. Puisqu’il savait le faire, ah ! Il n’a pas eu de prix. Il était hors sujet certainement. Et il s’en fichait complètement de perdre ce concours, lui, la peinture ça le lassait. Et puis il avait bien d’autres dons, pour le jardinage par exemple. Un vrai don celui-là, à exploiter certainement.   1991-2001 Cette nouvelle se décline en plusieurs versions