Histoires de Plumes

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Conscience et Inconscience

 



Marcher dans un long couloir sombre, où les portes alignées sont toutes fermées, d’un côté comme de l’autre, aucune ouverture sur le monde, les embrasures semblent scellées.


A chaque extrémité de ce couloir, une porte aussi, close aussi. Mais ce qui se devine derrière paraît brûlant, tout comme l’enfer qui nous attend. Ces portes-là, il ne faudrait pas qu’elles s’ouvrent.


Arpenter le couloir, avancer et reculer, sans jamais s’approcher de ces portes, celles du fond, qui nous happeraient avec violence, nous emporteraient dans le tourbillon de nos peurs et de nos erreurs, nous réduiraient au silence quand les cris nous mangeraient de l’intérieur.


Avancer pas à pas, sans jamais aller trop loin, en s’arrêtant en chemin, devant une porte, voir si elle s’ouvre d’elle-même ou s’il faudrait la forcer, voir si elle a une poignée, si les gonds peuvent tourner, avec un pincement au cœur de ne pas savoir ce que derrière peut s’y cacher.


Il faut en ouvrir une, au moins une, on est obligé, la choisir est là toute la difficulté car l’on ne peut soupçonner ce que recèle l’autre côté, estimer le destin qui nous attend, le chemin que l’on prend, vers une impasse ou vers la liberté.


Lorsque l’on a ouvert suffisamment de portes et accepté de suivre où elles nous ont conduit, tiré les conclusions et compris ce qu’elles nous ont ordonné de vivre, plein d’humilité et d’humiliation mélangés, le couloir nous appelle et nous y revenons.


Marcher, dans ce long couloir sombre, où les portes alignées sont de nouveau fermées, sur le passé que nous avons rencontré et sur l’avenir où nous n’avons pas voulu aller.


Par chance, par hasard, ou parce qu’on l’a mérité, parce que l’on a été juste dans nos actes et pensées, dans le regard que l’on porte sur nous-mêmes, sur les autres, que l’on a digéré l’existence comme il fallait, parce qu’on l’a accepté, au milieu se trouve une autre porte.


Cette porte-ci n’est pas fermée, il s’agit d’une arcade où l’on est à l’abri, des maux, du vent, des tornades, de la nuit. Au loin on aperçoit une haie taillée et un grand arbre baigné d’un soleil affectueux d’une tiédeur pleine de quiétude. Aucune inquiétude ne survient puisqu’on connait cette allée  car nous y sommes déjà passés, un jour il y a très longtemps et que l’on sait ce qu’on va y retrouver.


De l’eau qui coule sans fin, de l’herbe verte et tendre, des fleurs écloses et des arbres fruitiers. La paix.

 

 

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Tout d’abord c’est une image un peu floue. Un détail. Quelque chose qui n’a pas vraiment d’importance sur l’instant. Pourtant c’est le début de l’histoire. Le point central vers lequel convergent tous les questionnements. La réponse en quelques sortes. Les souvenirs ne remontent pas encore jusque là.


Il y a d’abord cette chaire de frisson, inhumaine, qui glace l’extérieur et paralyse l’intérieur, le froid glacial qui mord le corps, partout à la fois, et encore. Cette tempête crânienne, cette voix interne qui ordonne de tout quitter, pour aller où.


Je descends les marches en glissant jusqu’en bas dans une course dingue. Je dois trouver refuge mais je ne distingue rien d’autre que l’église en face et un monde fou qui vient la visiter. Admirer les vitraux, se recueillir un peu, bref je ne sais pas ce que ces gens viennent y faire mais ils doivent avoir une raison de le faire, moi j’y déboule en furie, comme un reflexe automate, parce que depuis que je suis enfant j’ai appris à le faire, parce qu’elle est là et que pour une fois elle tombe bien.


Je m’assois sur un banc, j’hasarde une prière, je ne sais que dire ni comment commencer. J’ai peur. Ça c’est une évidence, une frousse monstrueuse, démoniaque, j’exige qu’on me délivre ! Je suis venue ici pour ça. Pour les miracles.


Je cherche une protection, comme un enfant. Depuis quelques temps on ne me parle que d’enfants. Mais je n’entends pas les rires, les chamailleries, les petites voix joyeuses sont devenues criantes. On me dit des choses à leur propos que je ne peux admettre, si douloureuses que ma tête se ferme, que mon cœur se raidit, que tous mes membres en tremblent, veut-on me faire admettre l’inacceptable ? L’encrer dans une normalité ? La faire devenir mienne ?


Je dois quitter les lieux promptement. Je dois appeler à l’aide, un être humain, les Dieux apparemment sur l’instant n’y peuvent rien.


Je remonte les escaliers, mon ventre se serre, du courage, de l’aplomb, pousser les limites du supportable, devenir un héros de comédie, prôner la dérision, ramasser mes affaires, sans que nul ne se doute de rien. Ne remarque mon tourment. Ceux qui sont là sont tous coupables, potentiellement.


Je replie les papiers machinalement, referme les dossiers, souris aux gens qui passent, l’œil inquiet. Pour moi ou pour eux même. Pour tout le monde en somme. Je suis une bombe vivante. Détruire ou s’auto détruire. Clamer l’évidence. Dénoncer toutes ces pensées qui m’assaillent et que je n’aie de cesse de refouler au plus profond de moi, pour cette enfance traumatisée et sans défense.


Finalement je laisse tout ce qui m’appartient. Je laisse tout. Derrière moi j’entends des voix, des rires et moi je pleure à l’intérieur, et je souris pour les autres, pour tous les autres qui ne comprennent pas où l’on m’envoie. Qui ne comprennent pas l’effroi. Je crève du froid de la crainte et n’ais nulle part où aller. Même chez moi cela n’est plus possible, vivable. Errances et déviances ne sont plus que souffrances. J’appelle. J’appelle à l’aide mais mes cris s’étouffent devant la raison, devant l’abjection. Le ciel n’est plus bleu, il était noir et il est devenu tout gris.


Et soudain : le soleil. Et soudain cette lumière jaune irréelle qui envahit tout, qui me monte au cœur et au cerveau, qui me fait grimper les étages de l’inconscience et mes hurlements sortent, entrecoupés de rire. Tout le monde entend les maux que je crache au visage de ceux qui se trouvent là. Les mots démesurés que j’emploie. Je me débats contre le monde entier et l’on doit m’attacher. Putain de camisole, je n’ai pas terminé de lutter.


On m’ouvre la bouche, pour me faire taire, on me remplit de pilules à la con qui ne m’apaisent même pas. Conjonctions et injonctions de subordination n’y font rien. Je me relève, plus vindicative que jamais, entre les murs de cette prison folle. Cette cellule de fou envahie de fous qui crachent leurs terreurs, qui menacent d’horreurs les gens normaux qui ne comprennent rien de ce que l’on a à leur dire. La conscience de rire d’eux-mêmes de leur non-révélation. La tension palpable autour et au fond. Vais-je me déchirer totalement ou bien bordel va-t-on m’entendre enfin.


Personne n’écoutera, c’est certain, alors je me calme mais je ne me tempère pas. Je me tais même si les phrases bouillonnent. Je souris même si j’ai envie de vomir, sur eux, pour les punir. D’éclater ce mur qui m’échappe à force de reculer. Leurs cachets, je n’ai même plus la force de les cracher. Leur tombeau est prêt pour moi.


Je fais semblant, longtemps, et ils finissent enfin par me jeter dehors, dans le caniveau, me lâcher les mains pour que je parte au loin parce que quelqu’un doit prendre ma place au firmament des oubliés dans le tourment. Nous sommes tellement.


Je reste ahurie, déambulant de-ci de-là, un temps, personne ne s’occupe de moi. J’erre dans les rues de vos villes. Vide, triste et inutile. J’erre au milieu de vos vies et personne ne me voit, ne sait que je suis là.
J’attends mon rétablissement. Je m’arme, de patience, faisant fi des résurgences, me force à oublier mais je n’oublie rien. De ce que j’ai vu, entendu et appris.


Et la tranquillité revenue, la volonté têtue de ne pas fermer les yeux sur ce qui est impossible, sur l’indicible espoir de croire que pour d’autres aussi cela est impossible, j’écris.

 

 

 

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