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Muriel Roland Darcourt - Auteur

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Scénario : Le Procès d'Elvis A.

Publié par Muriel Roland Darcourt sur 20 Janvier 2011, 18:04pm

Catégories : #Scénarios

  Le Procès d'Elvis A.

  (court métrage)

 

 

1.    Couloir. Intérieur jour.

Un homme marche à grands pas dans un dédale de couloirs.

Il arrache furieusement des affichettes qui, partout, sont collées sur les murs. Ce sont les reproductions d'une photographie d'un homme, coiffé d'un chapeau grotesque et à l'expression du visage altérée par une absorption massive d'alcool.

L'homme vient se poster devant une porte close.
Il pose sa main sur la poignée et ouvre la porte violemment. Le battant vient frapper le mur.

L'homme reste sur le seuil. Il est de dos.

L'HOMME
Tout le monde dehors ! Le cours est terminé.

Un brouhaha jaillit de la salle de classe.

L'HOMME
On ne discute pas, j'ai dit tout le monde dehors !

Un remue ménage se fait entendre. Quelques éclats de voix. Des bruits de chaises et de tables que l'on pousse.

L'HOMME
Allez prendre l'air dans la cour ou rentrez chez vous çà m'est égal... Mais je ne veux plus voir personne dans cette salle dans moins de deux minutes!
Elvis ? vous restez. J'ai à vous parler.

L'homme ferme la porte, tourne les talons et s'en va.





2.    Salle de classe. Intérieur jour.

ELVIS est seul dans la salle, assis à une table. C'est un jeune garçon de treize ans aux cheveux en bataille et au regard teinté d'insolence. Il a la tête renversée en arrière et fixe ostensiblement le plafond.

L'homme entre dans la salle et claque la porte derrière lui. ELVIS sursaute.
MONSIEUR L. se tient debout devant lui. C'est l'homme de la photographie, un quadragénaire élégant aux yeux cerclés de fines lunettes argentées.
Il tend une affichette qu'il met sous le nez d'ELVIS.

MONSIEUR L.
C'est vous n'est ce pas ?

ELVIS regarde la photo comme s’il la voyait pour la première fois.
MONSIEUR L. s'impatiente.

MONSIEUR L.
C'est vous ?

Il rapproche un peu plus la photo de la figure d’ELVIS qui reste ostensiblement muet.
MONSIEUR L. tape du pied fermement contre le sol.

ELVIS vivement
Ben... Non...

ELVIS redresse les épaules.

ELVIS
En tout cas ça m'ressemble pas...

Le regard de MONSIEUR L. se fait menaçant.

MONSIEUR L.
Ne jouez pas à ça avec moi. D'accord ?

ELVIS soutient le regard de son professeur quelques instants puis il baisse la tête.
MONSIEUR L. s'assoit sur la table devant lui. Il pose la photo et pointe vers ELVIS un index menaçant.

MONSIEUR L.
Je vous préviens...

Il se lève brusquement et fait quelques pas.

MONSIEUR L.
…Vous n'êtes qu'un élève ! Mauvais qui plus est !
Personne ne vous défendra.

MONSIEUR L. marche en direction de la sortie et jette en passant l’affichette dans une poubelle en fer.

MONSIEUR L.
Ne jouez pas votre avenir Elvis...

MONSIEUR L. se retourne vers Elvis, immobile sur sa chaise qui le regarde en silence.

MONSIEUR L.
Ne jouez pas votre avenir.

MONSIEUR L. gratte une allumette et met le feu à la poubelle.
Il sort.




3.    Couloir. Intérieur jour.

ELVIS marche dans le couloir. Il remarque plus loin, un petit groupe d'élèves agglutinés autour d'une page punaisée sur l'un des murs. Les rires fusent tandis qu'il se rapproche.
C'est une copie manuscrite qui porte le nom et la classe d'ELVIS. Elle est barbouillée sur toute la longueur de feutre rouge.

Un élève aperçoit ELVIS qui vient vers eux.

L'ELEVE
Alors monsieur le grand géographe... On a encore eu zéro à son contrôle ?

ELVIS s'approche, reconnaît la feuille et l'arrache au regard des autres.
ELVIS agacé
C'est bon... Cassez-vous... Y'a plus rien à voir...




4.    Chambre d'Elvis. Intérieur soir.

ELVIS est sous une lumière aveuglante. Il est assis à son bureau. Un livre et un cahier sont ouverts devant lui. Il griffonne quelques mots qu'il raye aussitôt.
ELVIS lève la tête et regarde autour de lui. Ses yeux se promènent sur les innombrables cartes et planisphères en tout genre qui recouvrent presque entièrement le papier peint bleu des murs de sa chambre.

Lentement, il tire l'un des tiroirs de son bureau et plonge la main à l'intérieur, sans baisser le regard.
Il se retourne brusquement et lance une fléchette qui traverse la pièce à toute vitesse et vient se planter dans le mur, sur un planisphère.

ELVIS
Afrique du sud.

ELVIS étend ses jambes et penche la tête d'un côté.

ELVIS
...De la Montagne de la Table on voit toute la baie... Les baleines... les dauphins...

QUELQU'UN
Stop !

ELVIS tourne la tête brusquement en direction de la voix.
MONSIEUR L. est assis sur le rebord du lit.

MONSIEUR L.
Capitale ? ...Superficie ? ...Nombre d'habitants ? ...Et l'altitude... Il faut en parler de l'altitude...

ELVIS ne semble pas surpris de le voir. Il le regarde et reste muet.

MONSIEUR L.
Vous rêvez encore Elvis... Vous rêvez trop... Et l'école n'est pas faite pour les élèves qui ne pense qu'à rêver...




5.    Salle de classe. Intérieur jour.

MONSIEUR L.
...A la pointe du jour, au-dessus des hauts fonds, la mer se colore de violet... Patatipatata...Vous pouvez pas dire : "Climat tropical", comme tout le monde ?

MONSIEUR L. est debout. Il déambule à travers les rangées d'élèves hilares.
ELVIS le dos bien droit sur sa chaise, redresse les épaules et le fixe avec arrogance.

MONSIEUR L.
...Donnez-moi des réponses concrètes bon sang !

Il marche droit vers son bureau et s'empare de son manuel scolaire.

MONSIEUR L.
...Tout ce qui n'est PAS écrit dans ce livre ne m'intéresse pas, vous m'avez compris ? ...

MONSIEUR L. traverse la pièce à grandes enjambées.
Il s'approche d'ELVIS et pose la copie délicatement sur sa table sur laquelle est posé un énorme réveil rouge. La trotteuse émet en tournant un son puissant et répétitif. MONSIEUR L. y jette un regard agacé.

MONSIEUR L.
Je vous ai mis  un "trois" cette fois-ci. L'honneur est sauf !

ELVIS
...Le vôtre ou le mien ?

MONSIEUR L. rapproche son visage de celui d'ELVIS.

MONSIEUR L. souriant
Faites bien attention à vous Elvis… Je ne suis pas du genre à renoncer. Vous le savez n'est ce pas ?

MONSIEUR L. se redresse. Il s'approche de la fenêtre et fait mine d'observer le paysage.

MONSIEUR L.
L'été se rapproche Elvis ! L'été se rapproche...




6.    Maison d'Elvis. Intérieur fin d'après-midi.

ELVIS entre chez lui. Il traverse le salon d'un pas lourd, son teint est pâle.
Il attrape en passant quelques cerises dans un saladier et grimpe nonchalamment l'escalier qui mène à sa chambre.
Il entre dans la pièce et claque la porte derrière lui.

La porte se rouvre et ELVIS traverse le couloir en direction de la salle de bains.
Il vomit puis retourne dans sa chambre.




7.    Chambre d'Elvis. Intérieur nuit.

ELVIS est dans son lit les yeux grands ouverts, la couverture jusqu'au menton. Il regarde le plafond.
Soudainement il repousse ses couvertures, s'assoit dans son lit et ouvre l'interrupteur de sa lampe de chevet.
La lumière inonde la pièce.

MONSIEUR L. est là, assis au bureau d'Elvis. Il joue avec l'une de ses fléchettes.


MONSIEUR L.
Vous ne dormez toujours pas ? ... Vous avez tort!

Il envoie une fléchette qui se plante dans le mur, au-dessus de la tête d'ELVIS.

MONSIEUR L.
...Il faut que vous soyez en pleine forme... C'est DEMAIN le grand jour !

Il relance une fléchette. ELVIS s'enfonce un peu plus au fond de son lit.

MONSIEUR L.
... Vous serez très bien dans cette classe Elvis... Avec tous les autres...
L’école n’a que faire de sujets dans votre genre…
Dans deux ans vous aurez l’âge de partir. J’y veillerai personnellement...

Il relance une autre fléchette.

ELVIS
Mais lâchez-moi merde à la fin !

ELVIS se lève d’un bond et trépigne sur son lit.
Il arrache la fléchette du mur et menace MONSIEUR L.

ELVIS
Sortez de ma chambre !

Ils se regardent fixement un instant.

ELVIS
...Arrêtez d'me persécuter comme ça tout l'temps !

MONSIEUR L. s'approche d'ELVIS et lui prend la fléchette des mains.

MONSIEUR L.
Vous me parlez de persécution... Mais qui a commencé ? ...QUI ?


ELVIS tombe à genoux sur son lit en pleurant.
MONSIEUR L. le regarde d'un air méprisant.

MONSIEUR L.
Il est bien tard pour se soumettre Elvis... Il est bien tard !




8.    Couloir. Intérieur jour.

Elvis est assis sur le dossier d'un banc, les pieds sur le siège. Il joue avec une petite mappemonde.
A côté de lui est assis un jeune homme de vingt ans. Il regarde Elvis d'un air navré.
Elvis garde les yeux sur la sphère.

Une porte s'ouvre.

UNE VOIX (off)
...Qui est le prochain candidat aux honneurs?

Elvis se lève et marche en direction de la voix. Le jeune homme le suit d'un regard compatissant.




9.    Salle du conseil. Intérieur jour.

La salle est une grande pièce sans fenêtres, aux murs peints en vert foncé. Une grande table occupe presque toute la superficie de la salle.
Une dizaine de personnes sont réparties de part et d'autres du PROVISEUR, un homme petit et bedonnant d'une cinquantaine d'années.

ELVIS se tient à l'autre bout de la table, juste en face. Il agite nerveusement ses pieds sous sa chaise.
LE PROVISEUR a le nez dans ses fiches.
MONSIEUR L. entre. Il montre à ELVIS un dossier rouge qu'il brandit lorsqu’il passe à sa hauteur.

LE PROVISEUR chuchotant à Elvis.
Votre casier scolaire...

ELVIS ne répond pas.
MONSIEUR L. va s’asseoir sans quitter ELVIS des yeux, un sourire narquois aux lèvres.
LE PROVISEUR s’empare du dossier.  Il lit l'intitulé puis lève la tête vers ELVIS.

LE PROVISEUR
Elvis A…
...Avec un nom comme celui-là vous devriez faire du spectacle...

ELVIS reste impassible. Il soutient le regard du PROVISEUR mais ses jambes s’agitent sous sa chaise.

LE PROVISEUR
Et bien Monsieur L.... nous allons donc commencer par vous puisque vous êtes le professeur principal de cette classe...

MONSIEUR L. se redresse sur sa chaise, un sourire aux lèvres, il regarde ELVIS.

LE PROVISEUR
...Elvis a-t-il bien travaillé cette année ?

ELVIS baisse la tête.




10. Couloir. Intérieur jour.

ELVIS sort de la salle en claquant la porte derrière lui et traverse le couloir en direction de la sortie. Le jeune homme le rattrape en courant.

LE JEUNE HOMME
ÇA s'est mal passé.

Le jeune homme lui propose d'un signe de s'asseoir. Elvis se soumet à contre cœur, il s'assoit sur un banc.


LE JEUNE HOMME
...Redoublement ?

ELVIS fait non de la tête.

LE JEUNE HOMME
...Exclusion ?

ELVIS lui fait signe qu'il se rapproche.

LE JEUNE HOMME
...Orientation !

ELVIS lève le pouce signifiant au jeune homme qu'il a trouvé.
LE JEUNE HOMME s'assoit à côté d'ELVIS.

LE JEUNE HOMME
...T'es bon pour la classe des fous hein ?

ELVIS se force à sourire mais il a les larmes aux yeux.

Il se lève, remonte le couloir et passe la porte de l'établissement.




11.    Chambre de MONSIEUR L. Intérieur nuit.

MONSIEUR L. se retourne dans son lit, n'arrivant visiblement pas à trouver le sommeil. Il repousse les couvertures et s'assoit dans son lit. Il allume la lumière.

ELVIS est là, sur le rebord du lit, assis. Il le regarde.

MONSIEUR L. dirige vers lui un doigt menaçant.

MONSIEUR L.
Vous l'avez cherché ! ... Je vous ai prévenu...
On ne joue pas au plus fort avec moi !

ELVIS se lève lentement et marche de long en large dans la pièce, un sourire cynique aux bords des lèvres.
MONSIEUR L. s'assoit à son tour sur le rebord du lit. Il suit Elvis des yeux.

MONSIEUR L.
...Pendant toute une année, vous m'avez humilié... ridiculisé... décrédibilisé...
Qu'est ce que je pouvais faire d'autre... ?
Vous l'avez mérité !

ELVIS le fixe du regard, impassible.
La voix de MONSIEUR L. se fait plus douce.

MONSIEUR L.
...Vous l'avez mérité n'est ce pas ? ...

ELVIS sourit en le regardant.

ELVIS fermement
Sortez-moi de cette classe.

ELVIS cesse de marcher et se tient immobile devant lui. Il sort l'une de ses fléchettes de sa poche.

ELVIS
...Sortez-moi de cette classe Monsieur L.... sinon vous n'pourrez plus jamais dormir.


 

 
FIN

 

 

Muriel Roland Darcourt

Scénario - Le Procès d'Elvis A

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