Google+

Muriel Roland Darcourt - Auteur

TEXTES à lire, TEXTES à jouer... Monologues, Poésies, Lettres, Fragments, Nouvelles, Romans, Saynètes, Scénarios, Pièces de théâtre...Les textes de ce site sont protégés par un COPYRIGHT.


Lettre à Vincent

Publié par Muriel Roland Darcourt sur 6 Avril 2014, 09:07am

Catégories : #Lettres, #Monologues

 

En as-tu mangé Van Gogh ?

 

Vincent je déraisonne. Il paraît que la folie te guette aussi, la mienne repart et revient, inlassable boucle d’émotions vivantes, dévorantes. Astreignantes jusqu’à la déraison. Je déraisonne. Je n’entends rien. Ni les cloches du monde, ni les corbeaux, le silence épuisant mange les bruits. Extérieurs, au centre, les cris ne cessent de retentir, rebondir et jamais ils ne sortent. Tu ne m’entends pas. Je t’emmènerais bien au bord de la Falaise, de là tu verrais les rochers en bas qui menacent, d’une innocence insolente. Ils ne s’attendent pas à ce que quelqu’un se jette et se fracasse sur leur crête, se coupe en deux. Je n’entends rien Van Gogh. Ni les vagues, ni la mer, ni le vent et pourtant Dieu sait qu’il souffle. Tu souffres. De ne pas maîtriser. La normalité te hante. Les gens à part, peut-on les séparer ? Les enfermer. La rage de savoir et de ne pas pouvoir et l’encéphale en furie, un alibi. Etoile de plafond peinte, toile maculée, araignée aliénante. Qui possède ma cervelle ? En as-tu déjà mangé aussi Vincent de cette crasse palpitante, de ces méninges dégénérées ? Les tiennes ne le sont pas. Pas encore. Ta fin est encore loin puisque le noir, le marron et le gris se mélangent, que le soleil n’est pas venu. Le ciel surveille. L’astre de vie qui tournoie. Ferme les yeux pour ne pas qu’il t’attache. Tourne lui le dos pour ne pas exploser. Mille couleurs et celle qui revient trop, souvent, et s’enfuit, et qui n’en est pas une, qui n’existe pas. Cette noirceur latente je peux la secouer. L’accepter. La regarder tout du moins. Faille béante que ni la mer, ni le sable, ni la craie ne pourront reboucher. La lumière au-dessus, par intermittence. Le long va et vient des reflux. Je connais ton vertige, Van Gogh ! La forme s’étire et l’objet se déforme. Symbolique réforme, symptomatique. Automatiques luttes, Vincent, crises d’autonomie vacillante. Amusantes ? Gâcher une chance, lente glissade, s’en donner une autre, et une autre encore et une autre. Jusqu’à ce que. Quoiqu’il advienne allez au bout des choses. Commencer, recommencer une œuvre déjà morte, posthume par excellence. Délire d'hurler tout ce que l’on veut dire, exprimer. Sans mesures. Le costume est lequel ? Mutisme partiel. Pensées en suspend, en sursis. Je n’ai pas ton talent Van Gogh. Juste ta maladie.   

2004

 

 

Muriel Roland Darcourt

Monologue - Lettre à Vincent - En as-tu mangé Van Gogh ?

La Jalousie - Angelo Bronzino

 

 

 

Commenter cet article

Phil 24/05/2017 07:04

Haletant !

Rencontre Bruxelles 15/05/2013 10:40


Comme l'a dit Vincent van gogh : "N'oublions pas que les petites émotions sont les grands capitaines de nos vies et qu'à celles-là nous y obéissons sans le savoir."

Question de voyance gratuite 16/03/2013 11:00


Vincent Van Gogh est l'artiste qui a marqué l'histoire.J'adore ses réalisations.

chandy 25/02/2013 13:41


Un texte fort ! Mais combien d’artistes, de poètes étaient également sous influences de maladies physiques,  celle  notamment qu’on hésite encore à prononcer  et leurs œuvres s’en
ressentent fort …. Le cerveau  étant parasité par certaines borrélioses  … j’espère pour vous qu’il n’en est rien  !
J’aime la force de votre écriture ! J’aime VAN GOGH ET TOUS CEUX QUI ONT SOUFFERTS
DE LA SORTE…. Merci, je reviendrai vous lire !


Puis-je mettre en lien l'adresse de votre blog, sur le mien ?

Le Chevalier Dauphinois 18/10/2012 08:06


Du talent, il y en a dans cette prose, mais ma question est : "Est ce un bout de toi ?".....J'ai l'impression que la charmante Muriel se révèle à nous.

Muriel Roland 18/10/2012 09:55



Oui, il y a des bouts de moi dans ce texte, Chevalier. Et il y en a un peu partout sur ce blog… Des fragments de mon histoire, des bribes de mes phantasmes, des
morceaux de ma vie, des parcelles de mon imaginaire, des miettes de mes souvenirs, mais il y a également tous ceux que j’entraîne dans mon tourbillon de folie, dans la sérénité aussi, et dont tu
fais partie quand tu acceptes de me servir de muse…



Jaco 06/01/2012 21:45


Encore une fois, je trouve ça vraiment beau.

J'ai beaucoup aimé  le texte, dès le titre d'ailleurs. C'est bien fait, ça sonne ! Personnellement, la forme ne m'a pas gêné car la longueur n'est pas trop imposante et malgré la densité des
phrases, il n'y a pas de lourdeurs ou d'images greffées maladroitement pour remplir ou étoffer. Quand à la fin, elle est parfaite. Un beau texte, vraiment.

L'avion 06/01/2012 21:44


C'est beau.

Peut-être un peu aérer, pour détasser la lecture et nous laisser encore mieux profiter du voyage.

Les phrases ont l'équilibre, les images sont vraies et résonnent, ça tonne, ça détonne, moi, ça me parle et ça m'a touchée, j'ai aimé. Bravo.

Odra 26/11/2011 16:14


Vous avez le sens de la musicalité !

Le Chevalier Dauphinois 14/10/2011 22:14


Émotion, ravissement, admiration, tristesse, force sont les mots qui me viennent de suite après la lecture de ton article.


Brian S 10/10/2011 09:17


Un texte court, mais qui frappe et marque, au plus profond. Et un sacré, sacré travail sur le style, la langue pour un superbe résultat. Je suis bluffé.


Candide 24/09/2011 17:41


un texte fort à la mesure de la démence de Van gogh.


Pascale 01/09/2011 15:16


Très joli rythme. L'alternance des phrases courtes et celles, plus longues entrecoupées de "relatifs". Ils ne me dérangent pas. (Mais je passe mon temps à retirer les miens trop nombreux !)Ces
phrases cassent le rythme comme l'auteur de la lettre effectue des va-et-vient entre folie et normalité, comme les vagues viennent se casser au pied des falaises. Mais peut-être vais-je trop
loin...


Gaëlle 29/08/2011 10:50


J'ai beaucoup aimé ce texte mais une forme plus aérée serait souhaitable, je pense. Chaque humain peut se rejoindre quelque part dans ses folies et c'est rassurant.


Clarisse 25/08/2011 21:09


Particulièrement aimé : "Je n'entends rien Van Gogh. Ni les vagues, ni la mer..."


Raoul 25/08/2011 16:05


Très surprenant ton rythme d'écriture. Tu nous emportes. D'accord aussi pour le titre. C'est beau de voir comment les peintres nous font écrire, comment leur intériorité, leur excès, leur
marginalité mentale nous concerne aussi. En eux il y a un peu chacun de nous, et ils le traduisent extraordinairement. C'est peut-être ça l'artiste universel... Ton texte démontre bien cette
passerelle que tu lances vertigineusement. Tu vois moi aussi je me retrouve dans ton texte comme toi tu te retrouves dans l'oeuvre de Van Gogh... C'est infini, et bravo pour cette tranmission
vitale.


Jean 24/08/2011 11:41


Les corbeaux renvoient trop aux champs de blé de sa fin de vie. Mais j'ai bien aimé ce texte qui évoque sa période sombre, celle des ramasseurs de pomme de terre.


Coline 24/08/2011 11:35


Bien vu, bien rendu, très efficace ! J'ajoute que j'ai eu le ciel tournoyant dans l'esprit tout au long de ma lecture...


Easter 23/08/2011 12:26


Un texte qui m'intéresse fortement, à plus d'un titre.
Il me semble qu'il gagnerait en force tourbillonnante, à la mesure de ce qu'il évoque, avec des phrases moins étirées, moins construites ; je pense en particulier à tous ces relatifs qui cassent le
rythme. Ici par exemple : "L’astre de vie qui tournoie. Ferme les yeux pour ne pas qu’il t’attache. Tourne lui le dos pour ne pas exploser. Mille couleurs et celle qui revient trop, souvent, et
s’enfuit, et qui n’en est pas une, qui n’existe pas."

Peut-être que l'emploi de virgules et de pronoms personnels à la place des "qui", "que" renforcerait cette espèce d'ardeur trépidante, de tournoiement débridé, délire des mots. Idem pour les mots
en "-ique", je comprends bien le principe de la répétition mais ils (les mots en -ique) sont si lourds si maladroits qu'ils annulent à mon oreille l'effet recherché.

Très bien la chute.


Dynamo 22/08/2011 23:36


Je loue l'exercice même si Van et sa folie me laissent de marbre. Peut être une forme plus aérée simplifierait la lecture.


Honoré 21/08/2011 16:10


a travers toi tu nous présente un portrait de Van Gogh dans toute sa folle plénitude.


Abdel 16/08/2011 02:02


La maladie du talent, vous l'avez quand vous voulez.

Exprimer l'indicible en si peu de mots, comme pour une toile impressioniste, voilà qui est fait , talentueusement.

C'est cette écriture là, cette façon de faire plier la phrase, le style, l'intonnation de la pensée, à l'impression qu'il faut attraper et fixer dans le texte.

C'est cette écriture là, libératrice et évocatrice, utilisée comme arme offensive dans des textes à histoire, qui fera exploser votre talent. Talent latent qui perd son temps dans l'autre écriture,
de tous les jours , donc endormante et anihilante.


Darcourt Olivier 17/07/2011 21:35


Ce qui fait de Van Gogh un artiste, ce sont ces toiles, et non pas le fait de s'être auto-mutilé!


nadja 23/04/2011 01:29


Superbe page d'accueil de votre site !
J'ai très envie de découvrir ce qui s'y cache !
A bientôt - cordialement !


Natacha 01/03/2011 12:40


Forte, cette lettre à Van Gogh, au coeur de sa folie...


Muriel Wiatrowski 25/02/2011 15:22




Bonsoir,
tombée sur la lettre "à Vincent"
quel joli texte.
Cordialement
Muriel




Emirelo 25/02/2011 15:18



Qu'écrire à la lecture de ce texte tableau ou tu nous emmènes avec toi, au fond de toi, dans la couleur de tes propres angoisses...Sont-elle identiques à celle de Vincent ?Peu importe après tout.


Tu as ce talent de nous faire partager ce voyage...Merci.


Poétiquement.


Emirelo



Pietro 25/02/2011 15:05



J'ai cherché, fasciné par les lettres de Vincent à Théo ( aussi par les lettres adressées aux amis) j'ai cherché longtemps et sans beaucoup de succès les lettres de Théo, ou les lettres d'un ami
à Vincent. Je n'en ai pas trouvé beaucoup. Et tout d'un coup une lettre à Vincent.
Et quelle lettre !
Une lettre annonçant l'arrivée d'un auteur.



Nous sommes sociaux !

Theme: Elegant press © 2013

Hébergé par Overblog

Instagram