Muriel Roland-Darcourt - Auteur, Ecrivain, Scenariste
Cinema s' Trip -
Chronique du Tournage d'un film
Il s’agit d’un carnet de
tournage…
"Jack est premier assistant réalisateur sur le film de Franck Krisbold pour Ator Production, ce qui n’est pas
rien.
Avec son regard et ses mots, il nous fait partager la vie des plateaux d’un certain cinéma français au rythme
trépidant du tournage."
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Début du roman:
Il reste une semaine et toujours pas de fille. Où je vais trouver ça moi, une fille.
- Tu connais une fille toi ?
Maxime hoche la tête, il n’en connaît pas. Il en a une à chaque bras mais il n’en connaît pas.
- Je te préviens je prends n’importe laquelle. La première qui passe tu ne viendras pas te plaindre…
Sa moue désabusée me laisse dubitatif. Il ne dit rien. Il s’en va. Il claque la porte quand même. Il la rouvre.
- Démerde-toi.
Je me retourne la pièce est vide, même pas une pauvre âme pour gueuler dessus, se défouler, lui donner un ordre pour montrer que je contrôle. Pour prouver que je
contrôle. Parce que si je décide comme ça de tout envoyer balader, ils sont perdus, sans moi ils ne sont rien, tous, rien, c’est moi qui contrôle, c’est moi, c’est moi.
- Jack ! Dans le bureau de Lampierre !
- Bon je vais être viré.
- Si ça pouvait être vrai…
Maxime est insupportable. Je ne tiendrai jamais deux mois avec lui. Du matin au soir et même la nuit, jusqu’au réveil. Se voir tout le temps. Il me déteste je le
sens, et moi c’est pareil.
Qu’est ce qu’il me veut encore Lampierre, il me convoque tous azimuts alors que je n’ai pas une minute. Profil bas mon grand, c’est lui qui te paye. Enfin qui
essaye. Il fait ce qu’il peut, avec ce qu’il a, pas grand-chose. Tout est dû au matériel. L’être humain passe après, ramasse les miettes et lorsqu’il est un peu gourmand réussit à attraper un
croûton, mais pour moi en ce moment c’est pénitence, même pas un quignon, un bout de mie, elle vaut cher la caméra.
- C’est le dernier modèle.
Ah. Si c’est pour ça alors ça va.
- J’ai bien revu le plan de travail et je suis étonné.
- De ?
- Ces trois journées supplémentaires…
- C’est pour la fille.
- …
- ça vient de tomber.
- On avait dit : plus aucune nouvelle idée avant le tournage, il nous reste à peine sept jours pour tout boucler, tu as vu ça un peu, un prototype ?
Il pose une main experte sur la caméra. Pour montrer que lui aussi sait s’en servir, qu’il pourrait très bien le faire d’ailleurs, sur son film, si son emploi du
temps le lui permettait.
- Pour les trois jours…
- Quel genre de fille ?
- Il s’en fout, il veut juste un cul comme ça.
Je lui montre la taille devant l’objectif, il plaque son œil sur la visée.
- Je comprends.
Tant mieux parce que pas moi. Leurs histoires de fesses je ne les ai pas suivies depuis le début, j’en suis resté à la blonde, celle qui les exaltait. Ils tendaient
à lui céder un plus grand rôle qu’ils ne devaient.
- Et il faut trois jours alors pour en venir à bout de ce cul-là ?
- Apparemment. Il a prévu trente-six plans…
- Trente-six ? Sur un cul ?
- Le cul et ce qu’il y a autour.
- Il a pensé à qui pour ce cul d’ensemble ?
- Personne de particulier, c’est bien ça le problème.
Lampierre joue sur l’ouverture du diaph’ toujours pour me montrer qu’il maîtrise, il aime bien ça.
- Où veux-tu que je lui trouve un cul dans la semaine, je ne suis pas marchand de putes, je n’ai que des fichiers de comédiennes et elles n’acceptent pas toujours
de…
- Tu trouveras…
- C’est d’accord alors pour les trois jours ?
- …C’est la dernière fois, et pour la fille demande à Max.
- Il n’en a pas…
- Mouais.
Il rit. Se radoucit.
- Ne t’inquiète pas.
Si je m’inquiète, il faut bien que quelqu’un s’en fasse ici. A moins d’une semaine du tournage, Krisbold voulait une voiture rouge hors de prix, lundi soir c’était
un trav’ circulaire, mardi dernier il était impératif d’avoir un grenier mansardé et aujourd’hui ce cul. L’autre accepte tout en plus. Il joue avec la cam’ pour s’y croire un moment, pour montrer
que c’est son argent qui la paye et qu’il fait ce qu’il en veut. Une merveille valant un an de salaire ou deux.
-J’en profite d’y toucher avant que les réglages ne soient fait.
- Je te laisse j’ai du travail.
- Je sais.
Je m’enfuis le laissant dans sa bulle de lumière, et dans sa main l’objectif, pour une fois.
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Merci Muriel pour m'avoir fait découvrir en avant-première l'univers d'un plateau de cinéma.
Beaucoup d'humour, un vrai regard, à la fois tendre et critique sur ce dur métier où personne n'est ménagé, et où la création est souvent tributaire de détails anodins.
Le narrateur m'est apparu comme quelqu'un de très sympathique qu'on a envie de suivre et de voir réussir.
Drôle, juste et touchant, je conseille vivement à tous ceux qui ont envie de faire du cinéma de lire "Cinema's Trip".
En guise d'avertissement...
;-)
Antonella
Dans Cinema s'Trip il y a de l'humour, de la causticité, de la lucidité, de la fragilité, de l'action et du rêve. C'est direct et visuel. Mais la touche qui révèle la personnalité de l'oeuvre, c'est la sensation qui naît des expressions verbales (qu'on retrouve dans la narration) et qui appartiennent (ou semblent appartenir) à un personnage palpable, physiquement, humainement. C'est un sentiment troublant qui permet au lecteur de ressentir les expériences éprouvées par l'auteur avec force véracité... Par ailleurs, malgré le rythme soutenu, il y a une délicatesse certaine, notamment dans les rapports humains. A lire, donc !... pour qui connait l'univers des tournages, pour qui en rêve, et pour qui veut passer un bien agréable moment. Mario
Je viens de lire l 'extrait de ton ouvrage. Je suis totalement néophite en matière cinématographique, pourtant je me suis laissé entraîné jusqu 'au bout du texte. Les dialogues sont réalistes, le thème original. J 'ai un coup de coeur pour les derniers paragraphes. Le style est concis, les phrases courtes, le vocabulaire précis et sans esbroufe.
A ne manquer sous aucun prétexte, les pages se lisent seules, les dialogues font mouche, les personnages sont criants de vérité, et on rigole. Tout cela changera les lecteurs ayant plus d'un neurone et demi en état de marche (comptez-vous !)
Je partage l'avis de Brian qui a plus de talent que moi pour commenter cet œuvre.
En effet c'est une chronique réaliste du quotidien mystérieux des plateaux de tournage. Une plongée passionnante dans cet univers, dans cette machine à refaire la vie pour de faux, si complexe
qu'il faut une vrai ruche de techniciens, acteurs ou figurants pour arriver à ces "fin"...
Réjouissant! On se retrouve au coeur des conditions d'un tournage...des choses dont on n'a même pas idée, une fois devant l'écran.
Un vrai bon moment
J'ai beaucoup appris (entre autres, du vocabulaire technique et des cadrages sur les personnages) sur le tournage d'un film dans ce petit roman qui, à bien y réfléchir, paraît être lui-même un script de film, tant les dialogues, les personnages croqués, les plans, etc. sont criants de vérité.
Dommage qu'il soit si court : il y a tant à dire sur un tournage, qui ferait sourire tout "professionnel de la profession" en lui rappelant des souvenirs !
Peut-être est-ce la sagesse de faire court ?

J'ai profité du téléchargement de Cinéma S'trip.
Doublement.
D'abord c'est un téléchargement gratuit,
Ensuite (et surtout), j'ai passé un grand moment de lecture !
Pour les passionnés de cinéma qui ignorent tout (ou presque) de ce qui se passe avant la sortie d'un film, c'est passionnant : on apprend une foule de choses concrètes sur le tournage, la réalisation d'un film, sur ce milieu mystérieux et multiple qui s'agite derrière et autour des caméras. Muriel Roland écrit court, sans fioritures, à la limite du script. Elle fournit au lecteur l'essentiel. Elle le fait entrer dans son histoire comme dans un film. Et l'on ne doute pas une seconde de ses personnages, de ce qu'ils vivent. Elle connait visiblement le métier. La fin surprend et laisse un goût amer. Ce n'est pas une happy end. On espère, pour la survie du cinéma, que ça ne se passe pas toujours de cette manière...
Merci encore.
JPP