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Muriel Roland Darcourt - Auteur

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Nouvelle à l'ex

Publié par Muriel Roland Darcourt sur 15 Octobre 2010, 00:55am

Catégories : #Nouvelles, #Monologues, #Lettres

L’Homme qui me plaisait

 

 

J’ai rencontré un homme. Et tout de suite il m’a plût.
Il m’a reçu dans son bureau, charmant, riant, électrique.
Nous n’avions pas rendez-vous. J’étais venue de moi-même, avec mes fiches et mes dossiers pour lui proposer un spectacle. Il m’a fait asseoir et a écouté ce que j’avais à lui dire. Pas grand chose hormis « j’ai un spectacle, est-ce que vous cherchez un spectacle? » il m’a répondu que je pouvais le tutoyer.
Je voulais qu’il me prenne dans ses bras, comme ça, immédiatement.
Mais c’était difficile puisque mon mari m’accompagnait. Qu’il était à mes côtés et que certainement il n’aurait pas vu d’un très bon œil le fait que je me précipite sur cet inconnu et que je le caresse comme je le désirais.
Mon mari a compris à cet instant que j’avais envie de lui. Que je le voulais. Qu’il me plaisait.
Ils ont parlé ensemble un bon moment, du spectacle et de ce qu’il contenait et mon regard allait de l’un à l’autre. Il n’était pas question de choisir, de comparer, juste d’apprécier la différence, la dissemblance, juste une rencontre, quelques mots et sourires mélangés, et puis cette attirance à laquelle je ne pouvais échapper.
Je suis une femme. Jeune encore et je n’ai plus d’amants depuis que je connais mon mari. Depuis que nous nous sommes mariés. Pour sceller une histoire qui pourtant n’avait jamais réellement commencée, comme point d’orgue de notre intimité.
Nous faisions de la sexualité quelque fois de façon singulière. Deux corps fuyants dans le plaisir, et deux âmes se retrouvant dans le désir d’autres âmes et d’autres corps aux soupirs lointains, vivant par procuration ces échanges charnels que l’on imaginait. Mélange d’autres êtres qui nous faisaient nous rejoindre nous. L’immense extase de faire à d’autres à travers nous, toutes ces choses qui font naître l’amour.
Mon mari et moi, nous nous voyions peu. Le temps de laisser nos esprits reposer, de composer les gestes et les postures à exploiter, de les inventer avec d’autres visages dans de suaves parfums d’inconnus rêvassés. Voulus, espérés. Comme l’animal avide d’odeur et de goûts, dépossédant de ses chairs suaves et crues un organisme palpitant d’intimistes chaleurs.
Nous étions en accord sans pourtant être d’accord sur d’éventuels sentiments qui pouvaient un moment survenir, naître d’un orgasme fortuit échappé d’une raison, d’une conscience éclairée par quelques envies enhardies à cette cause. De mon mari et de moi il ne restait rien. D’autre. Juste cette connivence liée à la connaissance de nos corps et de leurs défauts.
Nous ne nous aimions pas comme il le fallait. Comme il aurait fallu. Comme aurait dû s’aimer deux personnes liant leur vie d’une façon volontaire, enfin sans que personne n’intervienne dans cet état de fait. Oui, le meilleur nous ne l’avions pas connu et le pire restait donc à venir.
Mais dans cette attitude, cette farouche volonté de s’unir, les autres pouvaient toujours nous vouloir, nous désirer, ils ne pouvaient pas nous posséder.
Ce mariage attestait d’une entente quelle qu’elle soit. Les papiers rangés quelque part, brûlés peut-être par négligence, inexistants pour tout autre que nous et ne se voyant pas. Nous ne les portions pas autour du cou ou d’un doigt cerclé d’or d’argent ou de diamants comme on en rêve.
Seuls nos regards existaient. Un œil cherchant l’autre, la prunelle extasiée pour celui d’autrui, inquisiteur, suffisait à faire comprendre que nos vies étaient mêlées. D’autres marques d’amour nous n’en portions pas.
Alors devant cet homme assis derrière ce bureau nous ne cessions d’entretenir l’œillade voluptueuse, la pupille humectée. Elle révélait à l’homme intrigué cette infime complicité qui n’existait plus depuis bientôt deux années. Un jeu, une habitude, un réconfort dans la bataille à mener pour une union presque trouvée.
Ce n’était pas l’un ou l’autre, il s’agissait de nous deux tout entier.
Pas de frôlements de mains, de peau, de sourires non plus ou alors si discrets qu’immédiatement ils suscitaient pour celui à l’agile capture un questionnement certain.
Et nous nous en amusions.
Notre seul loisir commun désormais résidait en ce jeu.
Sont-ils ensemble ? La réponse était non mais pour les autres elle restait en suspens et de ce fait peu de monde osait s’immiscer dans notre relation. L’homme parlait et mon mari semblait nerveux lorsqu’il l’apostrophait et mon propre corps en était dérangé puisque le locuteur traquait le regard qu’il avait cru comprendre aussi bref et futile qu’il était.
Une femme passa.
Mon mari aimait que je le vois regarder d’autres femmes et elles aimaient être regardées par lui devant moi. D’abord gênées, puis amusées et puisque je valais bien quelques comparaisons, flattées un instant puis séduites souvent. Il choisissait des femmes belles pour ne pas m’offusquer.
Cette fois-là, je baissais les yeux, ne souhaitant pas me soumettre au jeu de la rivalité. Moi j’étais ailleurs, loin de ce regard sans liesse ni volupté. Et mon mari cessa de la regarder mais la femme continuait de chercher ce regard désormais absent qu’elle ne trouvait plus et qui de nouveau m’était destiné.
Je regardais l’homme assis pour une jalousie naissante. Je regardais l’homme qui me plaisait encore et encore plus, jusqu’à ce que celui-ci en soit interpellé.
Il regardait mon mari dans une vague inquiétude, cherchant, à défaut d’une réponse, au moins un acquiescement et mon mari souriait, l’incitant à se laisser regarder.
Mon mari baissa la tête, fuyant un questionnement pressant. Je regardais l’homme qui me plaisait lui lançant des soleils, pleins de petits soleils auxquels il répondait par des soleils aussi, un peu voilés puisqu’il ne pouvait se détacher de ceux que, en dessous, mon mari lui envoyait. Il ne savait que répondre cet homme qui me plaisait à force de regards croisés.
La discussion fut écourtée pour un motif valable mais le regard de l’homme qui me plaisait me confortait dans l’idée que je le reverrais bientôt et à cet instant là- et à cet instant là seulement- mon mari n’y voyait pas d’inconvénients.
La poignée de main fut longue et je voulais qu’il serre mes doigts bien fort, qu’il sente mon annulaire libre du cercle symbolique, et les miens s’attardaient sur le sien vierge d’argent d’or ou de diamant.
Et je vis mon mari qui, un peu en retrait de la scène, secrètement, glissait une bague autour du sien. Marque d’une propriété jusque là masquée.
J’ai simplement souris à l’homme qui me plaisait d’un air de connivence et puis nous sommes sortis.
Les jours d’après je tentais d’oublier l’homme qui me plaisait pour me concentrer sur celui que j’avais et qui miséricordieusement n’arrivait plus à retirer la bague quelques soient ses efforts et tentatives, et, de ce fait, il ne voulait plus que l’on nous voit ensemble. Alors j’en ai mise une aussi pour l’inciter à ne plus m’approcher. Que le rejet soit unanime.
L’homme nous a rappelé, il voulait voir des morceaux du spectacle. Nous sommes revenus, mon mari concentré dans son personnage, il ne me quittait pas des yeux. Sa prestation m’était consacrée même si quelques fulgurances allaient vers l’homme qui me plaisait pour lui montrer qu’il lui plaisait aussi -beaucoup d’hommes plaisent à mon mari surtout ceux qui me plaisent- Nous avons les mêmes goûts en quelque sorte. L’homme qui me plaisait comprit qu’il n’y avait que comme cela que je regardais mon mari comme cela.
Le spectacle l’a exalté, il faut dire qu’il était bon. Le jeu à défaut d’être parfait était irréprochable et l’homme qui me plaisait a applaudi. De ses deux mains et mon mari était ravi. Mon mari s’est approché de moi, m’a enlacé, m’a embrassé et j’ai senti son sexe dur contre moi preuve qu’il était vraiment content. Nous nous sommes tournés vers l’homme qui me plaisait pour avoir son avis, il a sourit. Pour le spectacle ou parce que mon mari était content ou parce qu’il était ravi que je rende mon mari content ou parce qu’il était content lui aussi, ravi que nous soyons contents. Et c’est son regard à lui et puis le mien et puis le sien qui lançaient des soleils.
L’homme s’est levé et a serré les mains, toutes les mains, il a gardé la mienne. Il était très heureux d’avoir vu ce spectacle et de voir que mon mari tout ravi qu’il était ne me regardait plus, alors il m’a regardé à sa place avec au fond des yeux de grands soleils qui rayonnaient au fond des miens.
Il voulait qu’on revienne, que l’on s’installe chez lui un bon moment, il voulait du soleil et voir mon mari content et lui l’était aussi. Je l’ai senti dans ma main. Il était vraiment content. Il n’y avait pas de gêne, mon mari déjà regardait quelqu’un d’autre et l’homme qui me plaisait se contentait dans ma main et dans la sienne il y avait un soleil.
J’ai parlé un peu pour l’intéresser pour lui montrer que je savais échanger par la voix et que les regards je les laissais à mon mari qui regardait jusqu’à ne plus rien voir.
Mon mari est parti, nous nous sommes levés à sa suite et je ne l’ai pas suivi. L’homme qui me plaisait gardait sa main dans la mienne et cela m’a suffit. Mon cœur s’est mis à battre, pourquoi était–il si beau à cet instant ? Je ne pouvais supporter son image, la fixité de son visage, il s’est approché de moi doucement. Il m’a sourit doucement.
Il a placé ses mains chaudes et douces derrière ma nuque, doucement.
Je l’ai embrassé, il s’est approché encore, je l’ai embrassé. Il a posé ses mains sur mes épaules, le long de mes bras. Dans mon dos ses doigts me caressaient l’échine, descendaient, remontaient, descendaient plus bas encore et remontaient dans mes cheveux.
Je sentais ses yeux se promener sur mon corps et puis se détourner. Et j’ai fermé les paupières doucement pendant qu’il me parlait et quand je les ai rouvert la porte aussi était ouverte.
Il m’a laissé partir. L’homme qui me plaisait m’a laissé partir. Sans un mot. Sans promesse de se revoir mais déjà je le sentais en moi et dehors mon mari m’attendait. Inquiet, devinant mon désir. Et j’ai pensé à lui très fort, à l’homme qui me plaisait, si fort si fort que je me suis mise à pleurer. Ses gestes et postures, j’inventais. D’abord il ouvrait mon corsage et m’embrassait les seins. Je pensais à sa bouche, à ses mains, à sa langue, à son sexe, à son corps tout entier qui prenait possession du mien, qui le frôlait, le pénétrait. Et simplement, mon mari m’a pris par la main et m’a glissé sa bague pour se réapproprier mon être. Et plus tard nous avons fait l’amour comme il se doit.

 

mai ... septembre

Muriel Roland Darcourt

Monologue à l'ex - L'homme qui me plaisait

Pigalle.jpg

 

 

 

 

Commenter cet article

Christian Gagné 25/07/2011 01:15


ouf !


Lionnel Santerre 25/02/2011 15:30



Excellent : L'Homme qui me plaisait.
Je n'ai relevé que 3 petites erreurs.
Ressenti très visuel.


Moi pas être écrivain, seulement journal intime, c'est pas une mine d'or mais il y a du grain à moudre.



Cath 25/02/2011 15:19



Une superbe nouvelle avec un rythme lancinant et des choses fortes à l'intérieur. Un texte intérieur, intime, prenant.



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