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Muriel Roland Darcourt - Auteur

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Désastre et la lune

Publié par Muriel Roland Darcourt sur 11 Novembre 2012, 16:41pm

Catégories : #Monologues, #Nouvelles

 

Désastre et la lune



Une nuit où la lune était pleine de bonne volonté, elle l’a invité à venir la contempler dans le décor de ses rêves de cette tour abandonnée au temps. Il a marché dans la brume de la nuit, seul, avec ses peurs d’enfant, pour venir la retrouver au cœur de ce domaine gisant, sans bruits, pour ne pas affoler ses doutes d’être ici, à la merci de quelques fantômes errants qui peuplent les miettes de ce château d’antan.

Il a grimpé les marches à toute vitesse, le cœur en liesse de braver l’interdit de venir hanter les pans de murs détruits par les guerres, le vent, et les mystères. Et la tour s’est ouverte sur le ciel, tout en haut, au sommet où flotte son drapeau, l’immensité démentielle offerte  partiellement retenue par les créneaux.

Il la fixait des yeux cette lune sublime, plongeant dans la poussière de ses lumières intimes qui retombaient sur les arbres alentour dont il dominait les cimes. Il se brûlait l’âme de rondeurs crayeuses, se laissant emporter par les marées d’espoirs qu’elle provoquait en lui, de cette vision si stupéfiante, où l’émoi luit, happée par ces fumées noires incitées par ses ennuis.

Il se comblait de pluie d’étoiles sous la voûte céleste, contemplant l’astre majesté de son humble esprit, lorsque soudain sans bruit et sans un cri, il la vit disparaître dans le circumterrestre.
La lune est tombée. Elle s’est décrochée du ciel sous son regard halluciné. La lune est tombée à ses pieds, en mille morceaux éparpillés.

Il est resté muet devant ce cataclysme, la cervelle affolée de croire que ses regards pesaient trop lourd sur elle, comme un fardeau gorgé de traumatismes qu’on ne peut absorber sans en subir les conséquences. Il a levé les yeux vers ce zénith sans joie, dans la nuit assombrie de souffrance d’avoir causé cela.

Il a ramassé quelques bribes de lune, en haut de ce donjon conquis par effraction et plongé dans les ténèbres par son unique faute. L’obscurité se faisait oppressante et il redescendait les escaliers de pierre à tâtons, en priant que la tour ne tressaute pour le punir de cette humiliation.

Sur le chemin ravagé par la nature et les hommes, où les vestiges témoignent de leurs assassinats, il a ouvert sa main et regardé sa paume dans laquelle gisaient les fragments du satellite en trépas. Et là, au cœur de ce bois, dont les arbres le jugeaient à chacun de ses pas, il a vu briller une parcelle de lune qu’il a remis au ciel pour se faire pardonner. L’éclat s’est envolé sous son regard hagard pour s’accrocher à une branche d’étoile qui traînait là.

Les nuits suivantes il surveillait les cieux, suivant des yeux l’incroyable spectacle distribué, de cette lune qui chaque fois un peu plus se reconstituait, jusqu’à redevenir ce globe parfait qui veille sur notre monde. Jamais plus il ne l’a accablée de ses peines, de ses regrets et de ses plaies profondes, mais il l’engageait à toujours exister, à saluer nos rêves de sa belle lueur vagabonde.

 

 

Muriel Roland Darcourt

Nouvelle - Monologue - Désastre et la lune

 

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  11.11.2011

  Ce texte est publié dans la revue n°26 de Reflets d'Ombres du mois de Décembre 2011

 

 

Commenter cet article

Nark 17/12/2011 09:28


Joli jeu de mot dans le titre! Hormis certaines constructions de phrases que je trouve un peu lourdes - mais les autres ne m'ont pas attendu pour le remarquer - , j'ai bien aimé ton texte. Il est
poétique, un petit brin de folie, les images utilisées me font penser à du Lovecraft ou à du Rimbaud selon les passages. Je n'ai pas l'intention de critiquer la forme, parce que celle-ci nous est
personnelle et que le style juste, c'est à toi de le trouver ; alors je vais me cantonner au fond. J'ai l'impression qu'il manque un peu de continuité dans tout ça, c'est à dire que les passages
"délirants" s'intercalent avec les passages narratifs selon une logique difficile à comprendre pour le lecteur.
Voilà, c'est tout!

Sophie H 28/11/2011 10:51


Tu nous plonges dans un univers honirique "extra ordinaire" . La nature personnifiée, ébranle tous les repères et donne à ton récit une dimension résolument pertinente. Une très jolie leçon de
morale.
A te lire à nouveau...

Monie A 27/11/2011 17:07


 :)Bonjour...ce texte ( on pourrait dire poème en prose) m'a émue...c'est si original de voir des éclats de lune à ses pieds...!je me suis mise à la place du protagoniste et, bizarrement, je
ne me suis pas sentie coupable...c'est que son regard a un pouvoir hallucinant, révélé par la singularité des lieux...moi, je n'aurais pas remis l'astre blanc à sa place mais j'aurais pris sa
place...
Entre le poème en prose et la nouvelle fantastique, ce texte ne révèle pas toute sa poésie car le narrateur est plus externe qu'interne ... si cela avait été à la première personne...?
bon dimanche! :)

Mille Ora 27/11/2011 16:04


L'idée est vraiment jolie. Du coup, la deuxième moitié du texte se suit avec intérêt.
Mais je trouve le style trop artificiellement alambiqué. On a du mal à suivre, surtout au début, où les phrases à rallonge finissent par être lourdes.
Il y a des jolies trouvailles ici ou là (comme les fragments de l'astre en trépas), mais en te lisant j'ai eu l'impression que le texte voulait me crier "attention, je fais de la poésie !", sauf
que du coup ça casse un peu l'effet.
Je pense qu'en simplifiant, en enlevant les mots superflus, ça gagnerait en force et en beauté.
L'idée en soi est très jolie, je crois que l'important dans le texte serait de la mettre en valeur...

Mais bien sûr, ce n'est que mon avis !

Sam 27/11/2011 13:37


Je précise que je ne sais pas à quoi est destiné ce texte, donc je le prendrai pour ce qu'il est un texte.
 - La succession des 5 "Il" au début de chacune des strophes me tape dans le crâne, c'est peut - être un effet de style, mais je pense qu'il serait intéressant de trouver d'autres
désignation à chacune des strophes.

- Sur une seule lecture rapide, le thème lune et folie est intéressant et la place des astres dans la déconstruction également.

Ernia 27/11/2011 13:33


Je trouve l'histoire toute mignonne, j'aime vraiment le fond.
Mais j'aime pas la façon dont tu racontes ça. Je crois que c'est une tendance qui nous prend presque tous à un moment  ou à un autre de foutre des homéotéleutes partout en pensant que la
répétition de mêmes sonorités en prose rend très bien. Le truc c'est que toi t'en fous vraiment partout et du coup, je trouve que paradoxalement ça enlève toute poésie à ton texte. Parce qu'on ne
voit plus que cette répétition de sons, moi, je trouve ça vachement artificiel et faussement pompeux/poétique. Et puis on perd légèrement le sens de ce que tu dis aussi, je trouve. Ca complexifie
inutilement.
Alors que ton idée de base est pleine de poésie en elle-même, t'as pas besoin à mes yeux de mettre des jeux de sonorités partout pour rendre ton texte poétique. Ca donne plutôt l'effet inverse,
ça veut complexifier la chose alors que la simplicité a tellement plus de charme. Enfin bref, c'est un avis personnel bien évidemment mais je pense vraiment que tes homéotéleutes desservent la
poésie de ton texte et je trouve ça dommage.

louv 18/11/2011 06:30



La caravane est passée



Muriel Roland 18/11/2011 08:31



Oui, et elle a fait du bruit
Je déteste me faire attaquer gratuitement par mes congénères, d’autant plus sur un texte que j’ai particulièrement envie de défendre…
Une rare fois où j’étais contente de mon texte, je n’étais plus que doutes et incompréhension.
Cette publication me conforte, et ces autres lecteurs pertinents me réconfortent… Merci à eux.
Ça n’empêchera pas les chiens d’aboyer la prochaine fois



Reflets d'Ombres 17/11/2011 16:08



Bonjour
Simple message pour vous signaler que nous avons choisi d'intégrer votre texte au prochain numéro de reflets d'Ombres (N°26)
décembre 2011 (si vous êtes toujours d'accord)
 
Merci pour votre excellent texte
 
à bientôt
 
l'équipe de reflets d'Ombres


 



Muriel Roland 17/11/2011 16:10



Très flattée.


Et contente de cette 3ème parution dans votre fanzine.


A bientôt


 



Le Chevalier Dauphinois 17/11/2011 12:35



Jouons :


* Si je remplace le mot lune par femme... hooo, j'aimerais la connaitre


* Si lune est remplacer par "mes ruines castrales"... c'est un peu ce que je vis


* Mais si lune est remplacer par "les mots de ton blog".. Là, le texte est sublimé.



Muriel Roland 17/11/2011 13:42



Si je remplace « Lune » par « Chevalier », et "Il" par "Elle"c’est bien aussi …



Wen 13/11/2011 12:26


c'est vrai qu'on ne comprend pas tout. par exemple, cette insistance du Il, il-il-il, à tout bout de champ.
par exemple " Il a ramassé quelques bribes de lune, en haut de ce donjon conquis par effraction et plongé dans les ténèbres par son unique faute". sonne tout de même assez tartignolesque.

en revanche, j'aime bien : " La lune est tombée. Elle s’est décrochée du ciel sous son regard halluciné. La lune est tombée à ses pieds, en mille morceaux éparpillés"


Richard 12/11/2011 22:32


Je vois bien la lune !! C'est un joli texte ! J'aime bien son ton romantique !


Embellie 12/11/2011 22:31


Le sujet, original, est super, mais pour moi ce texte pêche par la forme, l'écriture, qui aurait mérité quelques relectures.
Je trouve bizarre des "miettes" pour parler de ruines d'un château.
Il se brûlait l’âme de rondeurs crayeuses incandescentes, se laissant emporter par les marées d’espoirs qu’elle provoquait en lui, de cette vision si stupéfiante où l’émoi luit, happée par ces
fumées noires incitées par ses ennuis.
Je ne comprends pas cette fin de phrase. Qui est happée ? Si c'est le personnage c'est "il", donc happé au masculin.
Quant aux fumées noires incitées par ses ennuis, c'est bien nébuleux.
Je n'aime pas la "cervelle affolée" le "regard hagard", mais ça c'est affaire de goût.


Alex 12/11/2011 22:30


À mes yeux, quand la description n'est pas précieuse, elle verse dans le trop verbeux, notamment à cause de formules telles que « lumière lactescente », « il se brûlait l'âme de rondeurs crayeuses
incandescentes », « dans le circumterrestre », etc.. À vouloir rendre votre récit poétique, vous en diluez toute la substance (d'ailleurs, vous déformez un peu trop la langue à mon goût !).

Quelques remarques :
- « sans bruits » : plutôt « sans bruit » ;
- « dans le décor de ses rêves de cette tour abandonnée au temps. » et « le cœur en liesse de braver l’interdit de venir hanter les pans de murs détruits » : trop de « de », donc trop de
compléments du nom et de complétives (pour moi) ;
- « sur les arbres alentours » : ici, c'est l'adverbe invariable « alentour » ;
- « contemplant l’astre majesté » : la tournure ne me paraît pas heureuse. « Astre » serait donc l'adjectif qualifiant « majesté » ? ;
- « Il la vit » : pourquoi cette majuscule ici ? ;
- « la cervelle affolée de croire que ses regards » : le tour me paraît lui aussi assez étrange ;
- « dans la nuit assombrie de souffrance d’avoir causé cela. » : idem ;
- « il a ouvert sa main et regarder sa paume » : « regardé » ;
- « où les vestiges témoignent de leur assassinat » : le terme est un peu fort, quand même ! ;
- « l’incroyable spectacle distribué » : difficile à avaler pour moi.


Panda 12/11/2011 22:28


on a vu tellement de texte la lune dans le caniveau qu'il est plaisant d'en lire un qui essaye de l'en sortir. en ceci bravo. Sinon, la forme n'est pas de mon gout (pas important) . j'aime bien le
titre. "leur assassinat" vraiment bizarre, ce singulier, comme disait l'Inspecteur Gadget.


Eugénie 11/11/2011 19:06


Une belle histoire, je regrette juste un ou deux mots (adjectifs)un peu pompeux, donc gênants, mais pas très grave.


Elide 11/11/2011 19:05


Beaucoup de poésie dans cette histoire, ce conte de lune.


Léo Marie 11/11/2011 19:04


Voilà un texte étonnant : c'est un peu comme si chaque phrase était une histoire en soi.


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